(Angelica archangelica; Angl, Ital et Esp: angelica; All: angelika, engelwurz; Chinois: dang gui)

L'angélique est une plante vivace, une ombellifère aux feuilles dentelées très découpées d'un vert soutenu, plus claires dessous, avec une grosse racine pivotante brune à la cassure blanche, contenant un sucre âcre. Cette racine, très riche en principes actifs se divise et s'enfonce profondément dans le sol.

Cette superbe plante très décorative, venue du froid, est originaire du nord de l'Europe et de l'Asie du Nord. Elle est très rustique et pousse dans les jardins, mais aussi dans la nature à l'état sauvage, jusqu'en Laponie et en Islande et jusqu'à 3000 m d'altitude. Elle est cultivée en France, en Belgique, en Allemagne, en Russie, et en Amérique du Nord, surtout en Californie.

Pendant les deux premières années la plante n'est reconnaissable que par ses feuilles. Elle ne fleurit en général qu'en deuxième année. Au bout de trois ans, la tige ramifiée, cannelée et creuse, parfois rougeâtre, atteint deux mètres de haut avec de magnifiques ombelles de 30 à 40 rayons de petites fleurs blanches ou jaune-vert régulières qui attirent les abeilles en quête de nectar. A maturité, les diakènes constituant les fruits se séparent, montrant deux ailes et trois stries dorsales. L'angélique doit son nom à la présence de ces ailes sur son fruit. Dans le même esprit, on l'appelle aussi archangélique, herbe aux anges, herbe du Saint-Esprit d'autant plus que sa floraison correspond à l'époque où se situait la fête de l'archange Saint Michel dans les anciens calendriers.

Les tiges et pétioles des angéliques sont coupés avant la floraison. Ces plantes meurent en général après la floraison et la montée en graine, mais en éliminant les têtes fleuries, la plante et les tiges sont plus robustes et vivent plus longtemps. On peut alors garder juste assez de têtes fleuries pour que les plantes puissent s'autoféconder.

Il y a une autre variété d'angélique, l'angélique sylvestre (Angelica sylvestris), plus modeste, moins parfumée et plus amère, qui possède les mêmes qualités médicinales que l'angélique archangélique mais moins prononcées. Ses feuilles sont plus petites et les ombelles comportent 20 à 30 rayons. Elle abonde dans les lieux boisés, humides et ombragés, notamment en Angleterre. Sauvage en France, elle pousse parfois le long des ruisseaux. Ses feuilles sont vertes sur les deux faces.
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L'angélique était connue des Anciens qui la disaient " bonne à recréer le coeur ", et recommandaient sa racine contre les morsures de serpent, les piqûres de scorpion, les fractures.

Originaire selon la légende des vallées de l'Himalaya, cultivée dès le 12e siècle dans les pays scandinaves et au Groënland, introduite chez nous au Moyen Age, elle était cultivée dans les jardins des monastères au 14e siècle et les apothicaires la recommandaient notamment pour combattre, pour neutraliser les venins, pour les troubles de l'estomac, les coliques, la toux et les rhumes, pour présever du " mauvais air " et des épidémies et ils la faisaient entrer dans la préparation de nombreuses spécialités, alcoolat vulnéraire, baume du commandeur, eau de mélisse des carmes... et
élixirs de longue vie pour renforcer la vitalité et retarder la mort. Ils appelaient sa tige, herbe ou racine du Saint Esprit, Herbe aux Anges en raison de " grandes et divines propriétés de cette racine... ". Avec le frêne et le fumeterre, elle était classée parmi les plantes qui rendent centenaires.

Théophrastus Bombast von Hohenheim (1491-1511), grand médecin, théologien et philosophe de la Nature, fièrement surnommé Paracelse, c'est-à-dire "au dessus du grand Celse", affirme qu'en 1510, l'angélique fut utilisée contre la peste qui sévissait à Milan. Par ailleurs une tradition populaire rapportait que le nom d'archangélique qu'elle portait à la Renaissance venait du fait qu'un archange, Raphaël selon certains, avait visité un moine endormi pour lui révéler que la plante pouvait guérir de la lèpre et de la peste. On lui attribuait aussi le pouvoir de guérir de la rage.

Dans son Théâtre d'agriculture, le grand agronome Olivier de Serres lui attribue des propriétés contre les venins de serpent : " L'angélique, tel nom a esté donné à ceste plante à cause des vertus qu'elle a contre les venins, on la confit avec du sucre."

Compte tenu de ses qualités médicinales, l'angélique entra d'abord dans la composition de remèdes avant de devenir une friandise. L'angélique confite qui est la spécialité de Niort au coeur du Poitou est ancienne et on en attribue la recette aux soeurs de la Visitation de Sainte-Marie. Madame de Sévigné s'en régalait en notant: " Son bon goüt ne rappelle en rien dont on se souvienne et il ne ressemble à aucun autre goût que le sien. "

Malgré sa notoriété, la veritable recette de Niort n'en garde pas moins quelques secrets de fabrication. Selon M. Failloux: " Les tiges sont triées puis ébouillantées avant d'être confites. Elles sont pour cela recouvertes de sirop de plus en plus concentré, dans lequel on les laisse plusieurs semaines. L'angélique ainsi préparée conserve toute sa saveur et ses propriétés curatives. "

Le commerce de l'angélique confite fut conséquent et au 18e siècle Niort en exportait déjà dans les pays étrangers. D'après une source bien informée, M. Dupin, premier prefet des Deux-Sèvres, en I789 on ne fabriqua pas moins de " mille myriagrammes ", soit 10 tonnes d'angélique destinées à la consommation intérieure et extérieure. A l'époque du blocus continental, sous l'Empire, le sucre se fit rare, la production baissa, toujours d'après le préfet Dupin à " cent ou cent cinquante myriagrammes seulement en 1821" et le bâton d'angélique se trouva réduit à devenir un produit de grand prix destiné aux milieux les plus aisés et aux aristocrates. Lorsque Louis Napoléon Bonaparte passa à Niort, il reçut en présent en 1852 un aigle impérial en angélique des mains du maire de la ville. Les maîtres confiseurs, à l'instar du maître éperon, se firent artistes et mirent à la mode au siècle dernier de l'angélique confite moulée en sujets de toutes sortes: oiseaux, poissons, grenouilles, fleurs... inspirées de la faune et de la flore du Marais poitevin.

Pour la visite du tsar en 1896 à Paris, le maître confiseur niortais Benoist reçut la commande d'une grande pièce illustrant une allégorie, La France et la Russie se donnant la main., moulée, pressée, puis sculptée dans la masse à la gouge et au couteau, puis " gommée ", et étuvée pour donner du brillant.

Alexandre Dumas dans le Le Grand Dictionnaire de cuisine dit que " La meilleure angélique se fabrique à Niort, où l'on a pieusement gardé la tradition et les formules employées par les religieuses de la Visitation de Sainte-Marie pour la confection de cette excellente conserve. "

Pour tout savoir de l'angélique écrit Jean-Alain Someville, "il faut à Niort, faire étape au Logis de l'Hercule, une ancienne auberge, sise à deux pas du donjon et ou se déclara, le 6 mai 1603, le premier cas de peste qui devait ravager la ville sept mois durant... " Il précise: " Le visiteur participe à une initiation historique et conviviale, au terme de laquelle on lui remet le berf attestant son passage, que vous soyez visiteur sceptique, chevalier errant ou pélerin sur la voie... votre curiosité légitime aura trouvé sa juste récompense en l'inestimable viatique, la belle angélique de Niort.

Longtemps considérée comme une plante providentielle pour la médecine, l'angélique finit par devenir au cours du 18e siècle une simple friandise, une exquise douceur, à qui on attribuait plus d'autre vertu médicinale que de faciliter la digestion, ce dont certains fervents ont du mal à se remettre. Ainsi au 19e siècle, Bodard ne tarit pas de louanges et écrit:" ...si cette plante était une plante étrangère, elle serait aussi précieuse chez nous que le ginseng l'est chez les Orientaux, et elle se vendrait à prix d'or... " Et son confrère Roques de renchérir: " Nous voyons avec peine qu'une plante si riche en propriétés soit si peu utilisée de nos jours tandis qu'on adopte avec enthousiasme quelques remèdes exotiques dont tout le monde parle et dont le mérite se trouve dans la nouveauté, la rareté, la cherté..."

Annibal Camoux, décédé à Marseille à l'âge remarquable de 121 ans, attribuait sa longévité exceptionnelle au fait qu'il mâchait tous les matins une racine d'angélique.
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Désarmante angélique!
La feuille d'angélique avait la réputation d'être efficace contre les enchantements, la sorcellerie et les maladies. Accroché au cou des enfants, un petit sachet d'angélique les protégeait des maléfices de toute nature.

Selon Scott Cunningham elle avait la réputation d'avoir " donné bon caractère aux femmes acariâtres et rendu fidèle les maris jaloux ".

Il faut ce qu'il faut, et pour apitoyer les passants et récolter quelques menues pièces, les mendiants de la cour des Miracles n'hésitaient à frotter leurs propres membres avec du suc extrait des feuilles et de la racine d'angélique pour provoquer des lésions, des chancres et des ulcères, car ce suc est très irritant pour la peau et les muqueuses. Voilà un usage tout à fait innattendu!

Séduire la chance!
Au dessus de toute querelle idéologique, la racine d'angélique fraîche portée en amulette est un porte-chance pour les joueurs, aussi bien à l'Est qu'à l'Ouest, en Russie qu'aux Etats-Unis avec les gamblers du Far-West. C'était déjà un porte-bonheur dans les tripots du temps de François Villon.
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L'angélique est édulcorante et a une saveur agréable, âcre et piquante. Toute la plante est exploitée et dégage un parfum suave et musqué: les graines, la racine, les feuilles et les tiges. Dans les pays du Grand Nord, la racine est consommée comme légume. C'est un des rares légumes poussant au Groenland. Les Lapons les conservent cuites dans du lait de renne.

Tiges d'angélique:
Les tiges sont récoltées en deuxième année, ce sont les bâtons d'angélique que l'on confit dans du sirop coloré en vert.

Graines:
Les graines sont jaunâtres et oblongues, aplaties d'un côté, convexes de l'autre, mais il est difficile de les trouver ailleurs que chez un grainetier. Elles sont riches en coumarine, acides, cire, tanin et glucides.

Huile essentielle:
L'essence d'angélique est utilisée en parfumerie. Elle est également employée dans la fabrication de dentifrice, mélangée ou non à de la bardane. Les graines et la racine entrent dans la composition d'innombrables ratafias, eaux, baumes et liqueurs comme la Bénédictine et la Chartreuse, créés dans les monastères.

Culture en ville:
Les citadins peuvent cultiver l'angélique dont les larges feuilles découpées en large folioles sont très décoratives sur un balcon ou une terrasse à mi-ombre de préférence. Les jeunes plants supportent les gelées, mais pas le plein soleil. Il faut couper les tiges à mi-juin pour les confire, recueillir les feuilles avant la floraison, les graines à la fin de l'été, les racines à l'automne la première année.

Astuces:
  • Si vous désirez cueillir de l'angélique, sachez qu'il ne faut pas la toucher avec les mains nues, car elle contient un suc irritant pour la peau et les muqueuses.
  • Etant un édulcorant, elle permet de diminuer les quantités de sucre et peut être utile à ceux qui suivent un régime amaigrissant.
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    Europe:
    Les tiges confites au sirop parfument et enjolivent la pâtisserie et la confiserie au même titre que les cerises confites et les raisins secs. L'Europe du Nord et de l'Est, l'Angleterre, la Russie et même la Chine y ont largement recours.

    On trouve de l'angélique dans les crèmes anglaises, crèmes, cakes aux fruits, fruits cuits, confitures et tartes. Elle a un pouvoir édulcorant et permet de réduire la quantité de sucre, c'est pourquoi elle est utilisée avec les fruits acides, comme la rhubarbe, les groseilles, les prunes en compotes ou tartes. Les soeurs de Niort auraient inventé de nombreuses confiseries et la confiture d'angélique.

    En cuisine salée, l'angélique est plus rare, les tiges peuvent accompagner un poisson au four, et les feuilles, des laitues braisées, des soupes de viande, des légumes notamment chez les Allemands. Les feuilles peuvent être hachées avec de la menthe pour aromatiser une mayonnaise.

    Les graines et racines aromatisent élixirs, vermouths et liqueurs comme l'eau de mélisse, la Chartreuse, le vespétro, liqueur du Midi à qui les Provençaux accordent toutes sortes de vertus. Les Anglais utilisent les racines pour aromatiser le gin et la sauce à la menthe.

    Amérique du nord:
    En Californie, les producteurs de vin emploient parfois la racine pour donner du bouquet aux vins blancs.

    Chine:
    Outre les tiges confites, les Chinois utilisent aussi les autres parties de la plante, par exemple la racine dans des bouillons reconstituants. " Cette racine, dont la meilleure qualité provient de la province du Si Chuan, est desséchée afin d'être conservée facilement hors de la zone de production, aussi il est nécessaire de la faire tremper la veille de son utilisation dans une soucoupe contenant un peu d'eau. L'eau de trempage s'utilise avec la racine ".
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    L'angélique est stimulante de l'estomac, cholagogue, c'est-à-dire qu'elle favorise l'écoulement de la bile et favorise la digestion. Elle est antispasmodique et calme les spasmes abdominaux et les douleurs liées aux colites. Elle est efficace contre les flatulences, soigne les ballonnements et l'aérophagie. Elle est diurétique, elle favorise la transpiration et l'expectoration.

    L'angélique est parfois utilisée dans les cures de déintoxication pour alcooliques pour provoquer un dégoût de l'alcool.

    Infusion:
    L'infusion de semences calme et relâche la tension nerveuse. Elle est sudorifique et diurétique et peut être prise en tisane en cas de refoidissement.

    Décoction:
    C'est la racine qui est la plus utilisée en médecine douce. Il faut la déterrer à l'automne de la première année ou au printemps de l'année suivante. Après l'avoir soigneusement nettoyée, on la fend en deux et on la suspend pour la faire sécher. Il est nécessaire de l'entourer d'un filet à mailles fines pour la protéger des insectes attirés par son odeur sucrée. La décoction est très efficace.

    Attention!
  • L'angélique est totalement déconseillée aux femmes enceintes. Elle était utilisée autrefois comme abortif.
  • Il ne faut pas en boire plus de deux tasses par jour et suivre les indications de votre médecin ou de votre pharmacien, car à fortes doses, elle pertube gavement le système nerveux.

    Bain:
    Si vous désirez prendre un bain relaxant et rééquilibrant, enfermez des feuilles d'angélique dans une mousseline ou une boule à thé et suspendez le sachet ou la boule sous le robinet de votre baignoire.

    Poudre:
    Nos aïeules utilisaient parfois de la poudre de racine d'angélique pour se faire des shampooings à sec.

    Astuce:
  • Si vous êtes sujets au mal d'auto, écrasez quelques feuilles d'angélique ou de menthe pour rafraîchir l'atmosphère.

    Médecine chinoise:
    En Chine, les racines d'angélique et de sauge sont les herbes les plus employées contre l'ensemble des troubles menstruels. Classée parmi des plantes aromatiques de saveur piquante et douce, de nature tiède, l'angélique est un antispasmodique qui facilite et calme les règles douloureuses et difficiles.

    Dans son ouvrage Tout sur la médecine chinoise, le docteur Denis Colin donne la recette d'une décoction d'angélique rédigée au 2e siècle après J.C. par Zhang Zhong-Jing dans son Traité du froid nocif .

    Elle est destinée à traiter les anémies de la femme, surtout par vide de rate, à corriger une insuffisance de yang et de sang et à adapter l'organisme à l'été. " Utiliser pour quatre bols: 200g de mouton (nature: tiède, saveur: douce) sans gras et coupé en fines lamelles ou en petits dés, 5g de gingembre frais (nature: tiède; saveur: piquante) coupé en fines lamelles perpendiculaires aux fibres, 5 g de Dang Gui (Angelica sinensis; nature: tiède; saveur: piquante et douce) coupée comme le gingembre...; sel marin: une pincée.

    Dans un litre et demi d'eau, laisser cuire à feu très doux pendant deux à trois heures, jusqu'à obtention d'un volume correspondant à quatre bols chinois. Une demi-heure avant le fin de la cuisson, ajouter un demi-verre d'alcool de riz ou de vin blanc et une poignée de raisins secs. Consommer un bol par jour. "
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