(Areca catechu; Angl: areca nut; All: areka-nuss; Hindi et Bengali: supari; Tamoul: kavugu, adakka-maram, pâku; Cinghalais: puwak; Malais: pinang; Persan: fufâl) et (piper betel ou betle; Angl:betel leaf)

Probablement originaire de Malaisie, l'aréquier est un palmier des régions chaudes de l'Asie et de l'Océanie. Son aire d'extension géographique s'étend de la Nouvelle Guinée aux îles Maldives.

Le tronc gris de l'aréquier est mince et grêle, surmonté d'un petit plumet de feuilles plus petites, plus étroites, plus vertes et moins rigides que celle du cocotier qui, elles, s'inclinent gracieusement.

Les fruits passent du vert à l'orange puis au rouge. Ils contiennent une épaisse couche fibreuse et blanche qui recouvre les noix. Ils sont durs, de 5 à 10 cm de long et pendent en grappes généreusement fournies qui partent du tronc nettement en dessous du niveau des feuilles. Un arbre produit à partir de la cinquième année et pendant 25 ans, de 100 jusqu'à 300 noix par an.

Areca "est un mot qui a été emprunté par les Portugais à un mot tamoul qui veut dire " grappe de noix ".

La noix d'arec est souvent appelée aussi noix de bétel, car elle entre dans la confection des chiques de bétel comme les feuilles de bétel qui servent à rouler les chiques. Mais attention, noix de bétel et feuilles de bétel proviennent de deux plantes très différentes! La feuille de bétel ne vient pas du palmier aréquier, mais du piper betle de la famille des pipéracées qui est une liane grimpante que l'on fait pousser sur des espaliers. Elle sert d'enveloppe à la chique que les Indiens appellent paan.
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On a trouvé des noix d'arec en Thaïlande lors de fouilles dans la " Grotte aux Esprits " dans des couches datées de 10 000 à 7000 avant notre ère, tandis qu'aux Philippines on a découvert des crânes de 3000 avant notre ère dont les dents étaient d'une façon tout à fait caractéristique teintées de rouge. Le livre vietnamien, La vie de Tan et Lang, composé vers 2000 avant notre ère mentionne l'usage de la chique de bétel.

Les mots sanscrits qui désignent la feuille, thambula, et la noix guvaka sont des emprunts à la langue munda, langue indigène austro-asiatique des plus anciens habitants de l'Inde. Dans les textes sanscrits du 5e siècle avant J.C., on fait référence à l'usage du bétel comme à une pratique déjà ancienne et courante de l'Inde du Sud.

L'usage du bétel reste très répandu en Asie du sud-est et en Inde pour des centaines de millions d'individus. A eux seuls les Indiens produisent 250 000 tonnes de noix par an. Dans les mariages les plus opulents, y compris ceux qui se déroulent dans des lieux très occidentalisés, de longues tables uniquement réservées au bétel complètent les buffets, car c'est la touche finale d'un repas. La chique purifie l'haleine, renforce les gencives, facilite la digestion, elle a un léger effet stimulant, procure un sentiment de bien-être et produit un flot de salive rouge.

Beaucoup se contentent d'une chique de bétel après un bon repas, comme nous prendrions un café, tandis que d'autres sont complètement intoxiqués. Ils en consomment à longueur de journée, et passent leur temps à mastiquer et à recracher et ont les dents et les gencives colorées en rouge. La tentation est d'autant plus grande que c'est un " trompe-faim " et qu'elle confère une énergie illusoire.

Partout où les Indiens sont en nombre, on trouve du bétel! Et des centaines de tonnes de paan masala sont exportées en Grande Bretagne, dans les Emirats, à Doubaï, en Arabie Saoudite, en Malaisie, au Kenya, et même aux Etats-Unis et au Canada.

De très jolis objets ont été créés pour répondre aux besoins des amateurs de bétel. Les casse-noix de bétel pour couper les noix qui sont très dures ont des manches qui sont très décorés, ornés de personnages célestes, de cavaliers, de couples d'amoureux, de perroquets, de paons... Les boîtes à bétel, appelées en hindi les paandan, en cuivre, en bronze ou en argent sont ornées de motifs floraux, d'oiseaux ou d'animaux, et sont perforées pour permettre la circulation de l'air. De petites boîtes à chaux, les chunadani sont en forme de feuille, de mangue, de cygnes ou d'éléphants, et même les crachoirs sont des objets raffinés.

Dans Le Grand Dictionnaire de Cuisine, Alexandre Dumas père, s'étend longuement sur le bétel. Il écrit notamment: " De tous les astringents connus, le bétel paraît être le plus énergétique, le plus fort, le plus propre à soutenir l'estomac dans un degré de force et de ton nécessaire dans un pays où les sueurs excessives occasionnent des maladies redoutables; il stimule fortement les glandes salivaires et les organes digestifs; il diminue la sueur et prévient la faiblese qui en résulte; enfin, il doit produire au dedans l'effet salutaire que les bains froids, les frictions huileuses déterminent au dehors.

L'instinct et l'expérience ont pu seuls suggérer à ces nations brûlantes le courage de mâcher le bétel; aussi, malgré la destruction totale de leurs dents, est-il d'usage général dans tous les climats chauds depuis les Moluques jusqu'au rivage du fleuve Jaune, et depuis ceux de l'Indus et du Gange jusqu'au bord de la mer Noire.

Une autre preuve de l'utilité de cet usage, c'est la nécessité où se trouvent les Européens fixés dans ces climats d'avoir recours à ce moyen, ou à d'autres approchant de celui-ci, pour se préserver de l'influence délétère du climat et de sa température. "
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Noix:
La noix d'arec est très dure, elle doit être coupée en petites tranches minces. Elle est de saveur âpre.

Chique:
( Hindi: paan; Tamoul: vettilei; Persan: bilahrî )
Sur la feuille de bétel qui ressemble à celle du poivrier, on étale de la chaux, un peu de cachou, le cutch, la gomme très astringente de l'Acacia catechu, des lamelles de noix d'arec râpée et des épices selon le goût: clou de girofle, cardamome, noix de muscade, camphre, tamarin... Il n'y a plus qu'à la replier artistiquement.

Sachets:
Pour les gens pressés et " modernes ", on vend en Inde par milliards, des petits sachets conditionnés industriellement de paan masala, du supari, de la noix râpée et parfumée avec des épices. Il y a autant de parfums qu'il y a de parfums de chewing-gums!

Industrie:
La noix d'arec contient des alcaloïdes, dont l'arécoline qui tue les vers et est utilisée en pharmacie. Elle fournit un des ingrédients des pastilles de cachou. Autrefois elle était utile en teinture pour fixer les couleurs sur les textiles, c'est encore le cas aux Philippines.
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La noix d'arec est vemifuge.

Médecine ayurvédique:
Selon la médecine ayurvédique, la médecine traditionnelle indienne la noix d'arec est stimulante, vermifuge, antispasmodique, décongestionnante, galactogène, et c'est un dissolvant de l'acide urique. Elle prévient la carie dentaire, guérit les ulcérations de la luette et les aphtes. Elle serait également aphrodisiaque, antineurasthénique, et favoriserait le développement de la mémoire.

Le bétel chiqué par le patient lui-même peut être employé en application sur les panaris pour les faire avorter ou mûrir.

Le jus de feuilles de bétel mélangé à du jus de gingembre frais est administré comme expectorant aux enfants. Additionné de miel, on le leur donne comme digestif. En usage externe, on le mélange à de l'huile de sésame et on l'administre en frictions contre la congestion pulmonaire.
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Asie:
En Inde et dans l'ensemble de l'Asie du sud-est, c'est la coutume d'offrir une chique de bétel aux invités qui arrivent, c'est un symbole de bon augure et d'hospitalité. L'échange de bétel est une démonstration d'amitié, et un signe d'engagement moral et même légal en cas de signature de contrat.

Ainsi le bétel joue depuis toujours un rôle important dans les rituels de fiançailles et de mariage au Vietnam et dans beaucoup de pays d'Asie. La poétesse Hô-Xuan-Huong écrit:

" Voici une jeune noix d'arec coupée en deux.
Prends une chique avant qu'elle ne se gâte.
Si les liens d'hyménée doivent nous unir... "

En Inde, la chique est une habitude qui est partagée par tous, riches et pauvres, sans aucunes restrictions, sans distinctions de classe sociale ou de caste, alors que chez les hindoux le tabac est interdit aux brahmanes orthodoxes et qu'il est interdit de fumer dans les restaurants végétariens tenus par des brahmanes.

Le bétel est en Thaïlande, au Vietnam un symbole d'amour et de fidélité conjugale. Selon une légende vitnamienne, un jeune homme fut transformé en aréquier et sa femme en liane de bétel qui s'entoure autour du tronc de l'arbre. Les noms qui servent à nommer l'arbre et la liane, lang et traû sont ceux des deux héros. Ce symbolisme semble aussi relever du véritable mariage des différents éléments qui forment la chique.

Selon la tradition hindoue, la feuille de bétel est un véritable panthéon ambulant. Le roi et poète Keladi Basavaraja qui régna sur le royaume de Keladi dans le sud de l'Inde entre 1696 et 1714, écrit que Lakshmi, la déesse de la Fortune, réside à la pointe de la feuille, Jyestha à l'arrière, le Seigneur de la Parole à sa droite, Parvati à sa gauche, Vishnou à l'intérieur, la Lune à l'extérieur, Shiva sur tous les bords. Kama, le dieu de l'Amour, est partout. Yama, le Dieu de la mort, se tient dans la queue, c'est pourquoi on prend soin de toujours l'arracher avant de manger la feuille.
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