(Artemisia vulgaris; Angl: mugwort en anglais; All: beifuss, gänsekraut; Chin: haoshu)

Grande composée d'Europe et d'Asie, l'armoise est une plante vivace, très commune dans les lieux incultes, les friches, le long des routes et des voies ferrées, dans les maisons en friche. Elle atteint plus d'un mètre de haut, elle a des tiges cannelées souvent rougeâtres, des feuilles très échancrées, vertes et lisses dessus, blanchâtres et feutrées sur la face inférieure. Elle porte de juillet à septembre des fleurs très petites, jaunâtres ou rougeâtres, en épis lâches au sommet des tiges. Elle est négligée dans la cuisine française au profit d'une autre artémise, l'Artemisia dracunculus, qui joue un rôle considérable dans la cuisine : l'estragon.
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L'armoise est aussi appelée artémise, remise, herbe de la Saint-Jean, herbe de feu, herbe aux cent goûts, tabac de Saint Pierre. Pline en faisait une plante aphrodisiaque qui placée sous le matelas, favorisait les relations sexuelles. Dès l'Antiquité, l'armoise était utilisée comme vermifuge et passait pour faciliter les accouchements et régulariser le cycle menstruel. De même que l'absinthe (Artemisia absinthium), elle était considérée emménagogue, c'est-à-dire capable de provoquer les règles quand elles se faisaient attendre. En fait, armoise et absinthe, " plantes sorcières " ont beaucoup servies comme abortives, ce qui se savait parfois mais ne se disait pas forcément. On comprend qu'au Moyen âge les moines aient préféré mettre l'accent sur ses qualités vermifuges, fébrifuges et anthirhumatismales, ou la prescrire en bains de pied comme l'indique son nom allemand
beifuss, fuss désignant les pieds. En anglais l'armoise s'appelait autrefois motherwort, " ce qui est valable pour les mères ", puisqu'elle facilitait les accouchements, mais aussi felon herb, " herbe criminelle " puisqu'elle faisait avorter, tandis que l'absinthe s'appelait old woman, la " vieille femme " car elle avait la réputation depuis l'époque des Grecs et des Romains de combattre les troubles de la ménopause.

Si on les appelle Artemisia en latin, ce serait d'après certains botanistes en l'honneur d'une reine d'égypte, Artémise, reine d'Halicarnasse. Mais il y a de bien plus fortes chances pour que cela soit tout simplement en l'honneur d'Artémise, la vierge chasseresse, qui passait son temps à courir à travers monts et forêts en compagnie exclusivement féminine. Que les armoises avec leur réputation d'empêcher les fausses couches, de faciliter les accouchements et d'en apaiser les douleurs portent le nom d'Artémise, peut paraître a priori contradictoire. Mais cette vierge chaste et farouche avec les hommes, est aussi la protectrice de la vie féminine qu'elle facilite de son mieux aux étapes difficiles de la puberté et de la ménopause comme de l'enfantement. Elle régularise le flux menstruel, lié aux phases de la lune, dont elle est la déesse. Toutes les plantes patronnées par Artémise ont une action sur l'organisme féminin.

L'un des maîtres de l'école de Salerne, Platéarius qui nous a laissé un traité sur l'usage des plantes, donne une recette curieuse:

" Pour faire concevoir une femme. Faites une poudre avec de l'armoise, cette herbe que l'on appelle bistorte, et de la noix de muscade en même quantité. Confisez le tout avec du miel ou un simple sirop et donnez-le comme electuaire le soir et le matin. Faites baigner la femme dans l'eau ù auront cuit de l'armoise et des feuilles de laurier, ou bien faites-la s'en laver du nombril jusqu'aux cuisses, faites aussi des suppositoires d'armoise cuite dans de l'huile d'olive et mettez par dessous. "

Elle a été célébrée par le poète Ruteboeuf sous le nom d'Ermoize.
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Armoise et sortilèges:
Dans de nombreuses civilisations l'armoise, plante bénéfique, avait la réputation de chasser les mauvais esprits et de porter chance. C'était déjà le cas dans l'Egypte des Pharaons. En Europe, l'armoise cueillie avant l'aube la nuit de la Saint-Jean était un porte-bonheur, qui protégeait contre le mauvais oeil, des souffrances, de la méchanceté des hommes et des voleurs. L'armoise de la Saint-Jean était utilisée jadis pour guérir surtout l'épilepsie et la danse de Saint-Guy, mais aussi les vers, la goutte, les coliques... Il était d'usage d'en jeter des brassées dans les feux de la Saint-Jean pour être en bonne santé toute l'année. L'armoise récoltée au lever du soleil le 24 juin et portée autour du cou était censée permettre de " dénouer l'aiguillette ".
Une branche d'armoise avec ses feuilles enveloppée dans du papier transparent avait la réputation d'éloigner les fluides négatifs. Selon Albert le Grand, celui qui a de l'armoise sur lui, " rien ne peut lui nuire. De plus si on en tient dans sa maison, le tonnerre ne tombera point dessus, ni aucun air venimeux ne l'infectera pourvu qu'on la mette à l'entrée ".

Aaron Blocquel publie dans La magie rouge en 1843 cette recette pour " détruire les sortilèges: Prenez les tiges de la plante d'armoise dans le moment où elle est en fleur, coupez-les près de la terre, faites-les ensuite tremper pendant trois jours dans l'urine d'une jeune fille vierge de dix-huit à vingt ans. Lorsque vous portez une ceinture dans laquelle vous aurez renfermé ces tiges ainsi préparées, aucun maléfice ne pourra vous nuire. "

Un dicton affirme: " Si tu connaissais les vertus de l'artémise, tu la porterais dedans ta chemise. "

  • L'armoise qui fleurit en juin est associée au signe du Cancer, premier décan. L'armoise favoriserait la divination et les rêves prémonitoires. Des voyants, des médiums ont recours au suc d'armoise pour nettoyer leurs boules de cristal et miroirs magiques.

Armoise et pieds légers:
Mise dans les chaussures, l'armoise avait la réputation de supprimer la fatigue et de donner des ailes aux talons. Dans l'Antiquité, les coureurs de marathon enduisaient de suc d'armoise la semelle de leurs chaussures. Pline et Apulée recommandaient d'en avoir sur soi pour voyager. Dans de vieux traités de médecine populaire et de magie blanche, maintes fois réédités, on recommandait à ceux qui voulaient marcher très, très vite et très, très longtemps, de se garnir les jambes de peau de lièvre taillée dans un tout jeune animal, " un levraut ", dans lesquelles étaient cousues des armoises séchées à l'ombre. Ainsi Albert le Grand, fils du comte de Bolstädt, né vers 1193, dominicain à qui la diversité des talents et des connaissances en sciences naturelles valut le nom de " docteur universel " recommande les bains de pied où l'on a fait cuire de l'armoise et donne " le secret de la jarretière des voyageurs ": " Vous cueillerez de l'herbe appelée armoise quand le soleil entre dans le premier signe du Capricorne; vous la laisserez sécher à l'ombre , et vous en ferez des jarretières avec la peau d'un jeune lièvre, c'est-à-dire qu'ayant coupé la peau d'un jeune lièvre en courroies de la largeur de deux pouces vous en ferez un double dans lequel vous coudrez ladite herbe, et les porterez aux jambes. Il n'y a pas de cheval qui puisse suivre longtemps un homme de pied qui est muni de ces jarretières ."

Un dicton français affirme: " Qui portera armoise par le chemin ne se sentira jamais las. "
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Feuilles:
Les feuilles d'armoise, au parfum un peu amer, discret mais tenace, qui rappelle un peu celui de l'absinthe de la même famille, sont peu utilisées dans la cuisine française, mais beaucoup plus en Allemagne ou dans les Balkans. Elles sont utilisées fraîches ou séchées. Elles ressemblent beaucoup aux feuilles d'absinthe, mais elles ne sont velues que par dessous.

Le saviez-vous?
  • Dans les étables, il arrive que des bouquets d'armoise soient suspendus pour attirer les mouches et en débarrasser les animaux.

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Europe:
A l'époque où on ne connaissait pas le houblon, l'armoise servait à parfumer la bière.

Elle éponge les graisses animales et sert donc avec les poissons gras et les viandes grasses, l'anguille, la carpe, le porc, le sanglier. De nos jours en Allemagne elle aromatise les volailles et surtout les oies rôties et les canards rôtis à la berlinoise.

En Italie l'armoise avec la bourrache, les épinards, les bettes... entre dans la composition des mélanges d'herbes qui donne aux lasagnes une couleur verte selon la tradition de Ligurie.
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En infusion, l'armoise est conseillée par les phytothérapeutes comme un régulateur du cycle menstruel et des règles, interdite aux femmes enceintes. Elle est conseillée aux femmes qui ont un cycle irrégulier et en cas de règles absentes ou peu abondantes. Prise dans la deuxième moitié du cycle, elle supprime le " syndrome prémenstruel " qui se traduit par de l'irritabilité, de la rétention d'eau, de la prise de poids ou le gonflement des seins... Elle est antispasmodique et calme les douleurs abdominales dues aux règles qui proviennent des spasmes des muscles de l'utérus.

Pour les chimistes, explique le Dr Germain Galérant, auteur de la Médecine de campagne. De la Révolution à la Belle Epoque il est difficile d'expliquer à quoi elle doit sa "réputation stimulatrice des fonctions menstruelles; elle ne contient aucun principe actif susceptible d'allonger le temps de coagulation sanguine, en particulier. En revanche, elle est assez riche en santoline dont les propriétés vermicides sont indéniables..."

Médecine chinoise:
L'utilisation de l'armoise en Chine dans la médecine traditionnelle pour ses propriétés antispasmodiques emménagogues et anthelminthiques est consignée dans le Nei Jing et fait appel à une tradition vieille de 2500 avant notre ère. Elle est classée parmi les plantes de saveur amère, légèrement âcre et de nature tiède et tonifie le yang.

Pour la médecine on utilise plutôt les plantes cultivées de qualité supérieure que les plantes sauvages. Elle est cueillie au cinquième jour de la cinquième lune, puis séchée avant d'être finement écrasée. Une fois débarrassée des poussières, elle pourra être conservée pendant plusieurs années. Meng Zi, dit Mencius affirme au 4e siècle avant J.C.: " Pour guérir une maladie qui a duré sept ans, cherche l'armoise conservée depuis trois ans "

L'armoise en fumigation est employée contre les insectes qui piquent, les moustiques notamment, et contre les mouches.

Moxibustion:
Le duvet abondant qui couvre les feuilles sert à faire une espèce d'amadou dont on façonne des petits cônes dont la taille varie de celle d'un grain de sésame à celle d'une jujube, appelés chez nous " moxa ", déformation par les Hollandais du japonais mogusa qui signifie " herbe à brûler ". On les allume et on les laisse se consumer sans flamme et lentement, directement ou indirectement par l'intermédiaire de sel, de gingembre, d'ail ou en fixant le moxa au bout d'une aiguille déjà insérée au proche contact de certains points du corps du malade, correspondant aux points d'acupuncture, aux points des méridiens pour rétablir l'équilibre perturbé des fonctions vitales. L'interposition d'une lamelle de gingembre frais est nécessaire pour traiter les maladies de la superficie, celle d'une lamelle d'ail pour éliminer les troubles de la profondeur et l'application de sel pour tonifier des vides profonds et aigus. Cette technique très ancienne, la moxibustion, désignée dans le Nei Jing comme " venue des contrées du Nord " se révèle peu douloureuse mais très efficace dans les cas de " vide ", de " froid " et " d'humidité " et est très répandue dans tout l'Extrême-Orient de manière indépendante ou en combinaison avec l'acupuncture.

On utilise aussi l'armoise en fumigation car " Lorsque le Yang Qi est bloqué en superficie, il faut faire la fumigation... ". Il faut pour cela des boîtiers spéciaux en terre ou en métal dans lesquels on fait se consumer sans flamme de l'armoise.
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Chine:
L'armoise (Artemisia sinensis) est connue en Chine depuis des temps immémoriaux. et désignée sous les noms populaires d'armoise de feu, herbe des médecins, herbe de l'Empereur Jaune. Symboliquement, l'armoise y est considérée comme purificatrice.

Du vin mélangé à de l'armoise et d'autres herbes est consommé rituellement le 5e jour du 5e mois, le jour de la fête du Duanwujie ou " Double cinq ". Le cinquième mois (variable entre juin et juillet) s'appelle le " mois du poison ", c'est le moment où il faut expulser les pestilences représentées par cinq animaux venimeux qui ne sont autres que le scorpion, le serpent, le crapaud, le lézard et le centipède. C'est pour cette raison qu'ont lieu les rites de purification. Ce jour là, on hache de l'armoise, du saule, du

jonc odorant et on les fait macérer dans de l'eau fraîche. Se baigner dans cette eau est supposé vous prémunir des maladies durant toute l'année. On attache aux fenêtres et aux portes des maisons des tiges d'armoise et de jonc odorant, appelé aussi " épée d'eau " en raison de sa forme pointue, censées repousser les mauvais génies. Autrefois c'étaient des petites figurines, soit des hommes, soit des tigres, taillées dans de l'armoise qui étaient suspendues aux portes des maisons pour les protéger des forces malfaisantes. De plus, on tirait des flèches d'armoise contre le ciel, la terre et les quatre directions pour éliminer les forces néfastes. L'armoise était mêlée à la graisse des victimes sacrificielles, et la vapeur parfumée montait vers le ciel.

La feuille d'armoise stylisée, symbole de félicité, fait partie des " huit objets précieux ", des " huit joyaux " du taoïsme devenus au cours du temps l'expression du souhait de vivre dans l'abondance. On les remarque représentés sur un grand nombre d'objets d'art, notamment des vases et des tapis. Ce sont: l'armoise, les anneaux couplés, la perle, les livres, la sapèque, les deux cornes de rhinocéros, la pierre musicale et le losange.
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