(Ficus carica; Angl: fig; All: feige; Esp: higo; Ital: fico)

Il existe plus de 750 espèces de figuiers, parmi lesquelles le philodendron et le caoutchouc, plantes d'appartement chez nous, véritables arbres dans leurs pays d'origine sous les tropiques ou le figuier étrangleur des jungles ou encore l'immense banian aux racines aériennes.

Originaire du Moyen-Orient, la figue, de la famille des Moracées, a été adoptée dans la plupart des zones chaudes du monde. Le ficus peut atteindre plus de 10 mètres de haut, mais en culture il est souvent buissonnant. Il peut être cultivé en arbre de plein vent ou en cépée, souvent palissé sur un mur. Il porte des feuilles lobées, profondément découpées, nervur&eacutees; en pattes de canard, d'un beau vert sombre. Les feuilles sont rêches et hérissées de poils urticants. Par incision, du latex blanc s'échappe des feuilles et des tiges. Adulte le feuillage est caduc, mais sur les jeunes arbres il a tendance à persister ce qui le rend plus sensible au gel. Contrairement à la plupart des arbres du bassin méditerranéen où la végétation ne comporte que peu d'espèces à feuilles caduques, il se couvre de feuilles au printemps comme l'amandier. " Lorsqu'il se couvre de bourgeons, l'on sait que le printemps approche " disait le Christ. Il faut distinguer le caprifiguier, le figuier sauvage du figuier cultivé. Il a la particularité de produire ses fruits dans un réceptacle fermé qui au début est encore creux et ne contient que les fleurs mâles et femelles, celles-ci tapissant l'intérieur de ce réceptacle. Les figuiers cultivés fructifient aujourd'hui sans fécondation par parthogenèse. Mais dans les anciennes variétés des pays chauds, la fécondation se fait par un petit orifice ombiliqué, l'œil, situé à la base du réceptacle grâce à des insectes, des hyménoptères cynipides (Blastophaga psenes), des sortes de petites guêpes.

La femelle vient pondre ses oeufs à l'intérieur et pollinise les fleurs mâles à l'entrée, femelles au fond. En fait ce que nous considérons comme le fruit charnu de la figue est un pseudo-fruit. Ce n'est qu'une enveloppe, le réceptacle devenu charnu et fournissant un suc laiteux, tandis que les vrais fruits, les ovaires fécondés des fleurs femelles, ne sont que les grains, les petits akènes qu'elle contient. " Bref, au lieu d'enfermer le fruit dans la fleur, les figuiers enferment les fleurs dans le " fruit ".", comme le fait judicieusement remarquer Jean-Marie Pelt.

Un beau figuier, protégé des oiseaux, comme les becfigues, si bien nommés,  et des guêpes, peut donner jusqu'à 60 kilos de fruits. Certaines espèces donnent deux récoltes, l'une sur les rameaux l'été, l'autre sur les bourgeons à l'automne. Ces dernières demandent une fécondation par caprification. Il faut suspendre pour cela des fruits de figuier sauvage (Caprificus) dans les arbres à fleurs femelles. Dans le Nord de l'Europe les figues arrivent mieux sous couvert. Avec du chauffage et des soins adaptés, trois récoltes par an sont alors possibles.
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La figue est originaire du Moyen-Orient. Les ancêtres des Sumériens la cultivaient à Babylone. Les Égyptiens la connaissaient il y a plus de 5000 ans, ils en faisaient du vin et elle faisait partie de leur pharmacopée. Ils savaient la cultiver par la caprification avant le Haut Empire. Le papyrus Anastasy nous apprend que 300 chapelets de figues furent servis au temps des Ramsès pour au cours d'un seul repas d'un pharaon de la XIXe dynastie en voyage avec sa suite.

Chez les Hébreux, le figuier  fait partie des trésors que Moïse promit a son peuple une fois arrivé en Terre promise:

"Maintenant que Yahvé, ton dieu, va te faire entrer dans un bon pays, pays de torrents d'eau, de sources et de flots qui jaillissent dans la vallée et sur la montagne, pays du blé et de l'orge, de la vigne, du figuier et du grenadier, pays de l'olivier, de l'huile et du miel [...] tu mangeras et tu seras rassasié."

Quand Moïse envoie douze homme, un par tribu, "explorer le pays de Canaan ", ils revinrent de cette mission d'espionnage avec " des grenades et des figues ", représentatives avec le raisin de la Palestine. L'Ancien Testament parle de la figue comme remède contre les inflammations de la bouche et les abcès des gencives. Le prophète Isaïe sut guérir Ézéchias, roi de Juda, d'un grave ulcère en recommandant qu'il prenne des figues.

Les Grecs considéraient le figuier comme un don de la déesse Démeter, déesse des Moissons et des produits de la Terre. Il était dédié à Dionysos comme la vigne et le lierre. Pour protéger cette ressource de l'Attique " plus précieuse que l'or" , les Grecs en interdirent l'exportation. Une poignée de figues fraîches ou sèches avec des galettes ou du lait caillé au suc de figuier pouvait constituer un repas très nourrissant.

Caton connaissait 6 variétés de figues et Pline, deux siècles plus tard, en recensait 29 variétés. Caton donne la liste des aliments fournis aux esclaves et parmi eux, à côté de l'huile, du sel, du vinaigre, du pain, des olives, se trouvent les figues pour ceux qui travaillent dans les vignes quand elles arrivent à maturité. Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle écrit à propos de Tacape, l'actuelle Gabès: "Á l'ombre du fier palmier pousse l'olivier, sous l'olivier, le figuier, sous le figuier le grenadier, sous ce dernier la vigne, sous la vigne le blé, puis les légumineuses, enfin les salades et toutes ces plantes sont nourries à l'ombre des autres." Alors qu'à l'époque on ne connaissait pas le sucre et que le miel était très cher, la figue était très précieuse. Son nom grec, sukon est à l'origine du mot " sucre ". Les Grecs, puis les Romains, les Gaulois du sud du pays s'en servait à la place du sucre pour la conservation des fruits cuits, en faisaient un vin capiteux et en engraissaient les loirs et surtout les oies. La pâte à pain pouvait être enrichie de figues ou de jujube. Selon Horace la figue aurait donné son nom au foie à cause des cuisiniers qui donnait des figues aux oies pour les engraisser et avoir du foie gras. Le foie (jecur) devenu énorme prit le nom de jecur ficatum, puis ficatum. Les Anciens l'aimaient beaucoup et l'expression " vivre de figues " était devenu un proverbe pour désigner l'homme vivant dans la mollesse et se nourrissant de mets délicats. Les figues carthaginoises étaient si réputées qu'elles étaient exportées en Grèce et à Rome. Caton qui dénonçait avec vigueur le luxe effréné de ses contemporains, en pleine séance au sénat où on discutait de l'opportunité d'une guerre avec Carthage montra une figue aux sénateurs en s'écriant: " Depuis quand croyez-vous que cette figue soit cueillie? A en juger par sa fraîcheur, il y a peu de temps. Eh bien! cette figue pendait à l'arbre il n'y a que trois jours, et jugez combien l'ennemi est près de nous! " Conclusion:  " Il faut détruire Carthage!"( Delenda est Carthago !) et c'est ainsi que fut décidée la troisième guerre punique qui signa la ruine de Carthage.

Du point de vue médical, les Grecs y voyaient une source de force et d'agilité. Les médecins grecs en faisaient des cataplasmes contre les dermatoses et les Romains des purées reconstituantes. Elle était recommandée aux athlètes pour sa valeur énergétique. " Nourriture des athlètes par excellence " dit Platon. Ce dernier raffolait des figues à tel point qu'on lui donnât le nom de philosicos, c'est-à-dire " amateur de figues ". Il les conseillait aussi aux philosophes, pensant qu'elle les rendrait plus intelligents.

La légende dit même que Xerxès, le roi des Perses, qui avait goûté des figues en provenance de Grèce aurait décidé de conquérir le pays où poussait ces fruits exquis.

Les figues ont sûrement été importées dans le Nord de l'Europe par les Romains, mais leur culture n'apparaît dans ces régions qu'au début du 16e siècle. Cependant d'après les écrits de l'Empereur Julien, des figuiers avaient été plantés dans des lieux abrités pour répondre aux besoins des  fonctionnaires romains et des Gaulois qui voulaient imiter leurs maîtres. Mais après la chute de l'empire romain, la présence de figuiers devînt exceptionnelle au nord de la Loire. Au Moyen Âge, on en connaissait plus d'une soixantaine de variétés que l'on faisait venir de Provence. Le Ménagier de Paris cite des figues " rosties avecque des feuilles de Loiret par-dessus " lors d'un banquet servi par l'abbé de Lagny en 1379. Le Viandier de Taillevent donne la recette d'une sorte de pudding, le " tailliz de Karesme " à base de gaufre émiettée de figues, de raisins et de dattes hachées.

Selon les travaux de Jean-Louis Flandrin, les figues, qui à l'instar des autres fruits juteux " valent mieux à manger devant manger qu'après " étaient servies 4 fois sur 6 en entrée. S'il arrivait qu'on les serve en dessert, c'était avec des noix et des amandes, toute réputées chaudes et sèches. Les médecins recommandaient de manger certains fruits avec d'autres aliments ou certaines boissons. Contrairement à la poire ou à la pêche,  la figue était considérée comme un aliment plus équilibré. Ainsi un proverbe anglais dit " Water after figs and wine after pears " et un autre " The peach will have wine, the fig water. " C'est aussi ce qu'affirme un dicton italien: " Al fico l'acqua ed alla pesca il vino ". C'est à partir du 17e siècle que l'on a commencé à servir au cours des deux derniers services les fruits et les plats sucrés, mais jusqu'au début du 19e siècle, on avait encore trois fruits de hors d'œuvre: les figues, le melon et les mûres, tous trois servis avec du sel. Dans son Almanach des Gourmands sans aucune référence aux anciens principes diététiques, Grimod de La Reynière approuve le fait que l'on serve en entrée les figues, le melon et les mûres.

Beaucoup d'anciens remèdes on recours à la figue. Le suc et le latex qui exsude du tronc et des branches ont la réputation de soigner les verrues et les cals, son écorce les goitres. Des cataplasmes de figue cuites au four soignent les furoncles et les petits abcès. Les auteurs de la Renaissance considéraient que la figue " faisait bon ventre et engendrait bon et louable sang " et la recommandaient aux dyspeptiques et aux constipés. La figue, émolliente et adoucissante faisait également partie des " quatre fruits pectoraux " avec le raisin sec, le jujube et la datte. En raison de la Théorie des Signatures, le latex blanc qui s'écoule des tiges était assimilé à du lait, et le figuier avait la réputation d'être galactogène.

En Afrique du Nord on cicatrisait les plaies en y plaçant une figue sèche ouverte.

La figue était un des fruits préférés de Louis XIV et Jean-Baptiste de la Quintinie leur consacra le " carré 27 " de son verger, en " buissons " ou en espaliers qui donnait des fruits dès septembre. Il disposait aussi de figuiers en caisses mobiles, comme les orangers pour tricher avec les saisons et en proposer au roi dès le début de l'été. Les caisses étaient placées sur du fumier de cheval dès janvier, puis adossées à un mur exposé au sud et protégées par des châssis vitrés. De la sorte il réussissait le tour de force de lui en procurer de juin jusqu'aux premières gelées, ce qui vu le climat de la région n'était pas une mince affaire! Dans Le Grand Dictionnaire de cuisine, Alexandre Dumas rapporte plusieurs anecdotes plaisantes sur la figue et explique à sa façon un des gestes obscènes que font parfois les Italiens:

" Les personnes qui ont voyagé en Italie savent que la plus grande injure que l'on puisse faire aux Milanais est de leur montrer le bout du pouce serré entre deux doigts, ce qui s'appelle faire la figue; cette aversion pour la figue vient d'un fait que Rabelais rapporte de la façon suivante:

" Les Milanais s'étant révoltés contre Frédéric, avaient chassé de leur ville l'impératrice, son épouse, qu'ils avaient fait monter sur une vielle mule, le visage tourné vers la queue. " Frédéric, vainqueur à son tour, après avoir fait les rebelles prisonniers, imagina de faire placer par le bourreau une figue  sous la queue de cette même mule, et d'exiger que chacun des vaincus l'en tirât, la présentât au bourreau en disant: Ecco il fico! puis la remit en place; le tout sous peine d'être pendu.

" Plusieurs aimèrent mieux périr que de se soumettre à une semblable humiliation, mais la crainte de la mort y détermina le plus grand nombre. De là la fureur des Milanais quand on leur fait la figue. "

Alexandre Dumas rapporte une autre anecdote. Buffon attendait que Thouin, le pépiniériste du jardin des Plantes, lui fasse parvenir par un domestique deux figues de primeur. Las, en cours de route le domestique en mangea une. " Comment donc as-tu fait , " s'écria Buffon. Le domestique prit la figue qui restait et dit en l'avalant: " J'ai fait comme cela !... "

Le poète Paul Valéry, originaire du Languedoc s'exclama: " Que l'on me prive de tout ce que l'on voudra, si ce n'est de café, de cigarettes et de figues...?"

Le saviez-vous?
  • Jusqu'en 1915 le petit déjeuner des soldats italiens sur le front était essentiellement composé de figues et ce n'est qu'en 1916 que l'on commença à leur servir du pain et du café comme dans les tranchées allemandes ou françaises.

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Maléfices
Dans le Nouveau Testament Jésus maudit le figuier dont les feuilles, confondues plus tard avec celles de la vigne, servirent à Adam et Eve à cacher leur nudité. C'est aussi l'arbre où se cacha le premier homme après avoir goûté le fruit défendu et l'arbre auquel Judas se pendit. C'est pour quoi le figuier donne des fruits sans avoir de fleurs.

Vue la similitude entre le latex et le lait, il ne faut pas brûler de figuier dans la maison d'une femme qui allaite, cela risque de faire tarir son lait.

" Celui qui commet l'imprudence de se coucher à l'ombre d'un figuier dans les heures chaudes de l'été verra paraître devant lui une femme déguisée en moine qui, un couteau à la main , lui demandera s'il souhaite prendre ce couteau par la pointe ou par le manche; s'il répond la pointe, il sera tué tout de suite; s'il dit par le manche, la femme moine se contentera de le rouer de coups" écrit Scott Cunningham dans l'Encyclopédie des herbes magiques.

Dans Le folklore de France, Paul Sébillot rapporte que dans la région de Menton: " la décollation de Saint Jean-Baptiste eut lieu sous un figuier; c'est pour cela que ses branches se " décollent " facilement, surtout le jour de la fête du Précurseur ".

On comprend donc que grimper sur un figuier le jour de la fête du saint, c'est à coup sûr s'exposer à une mauvaise chute. Une jeune fille qui désire se marier ne doit pas passer entre deux figuiers si elle veut avoir de la chance.

Dans les contes le figuier est souvent hanté par le diable. Pour les Catalans, quand des hommes se provoquaient en duel au couteau, celui qui passait sous un figuier avait de grandes chances de ne pas s'en sortir vivant.

Bienfaits:
Le figuier éloigne la foudre et sert au désenvoûtement. Pour désenvoûter un animal, il faut frapper le sol avec un bâton de figuier et faire passer la bête par trois portes qui se suivent et où on a déposé sur le seuil une veste tournée à l'envers.

Pour calmer un animal furieux, un taureau par exemple, la croyance est qu'il faut l'attacher au tronc d'un figuier. Enterrer au pied d'un figuier le placenta d'une accouchée fera qu'elle aura beaucoup de lait et que son enfant sera vigoureux. Si on coupe pour la première fois les ongles à un enfant sous un figueir, celui-ci aura une belle voix.

Fécondité
En raison du grand nombre de ses graines, la figue est un symbole de fécondité. En Afrique du Nord, la figue est synonyme de "testicules". Selon J. Servier, auteur de Les portes de l'année, elle "est le symbole de la fécondité venue des morts": elle constitue l'offrande déposée sur les rochers, les thermes et les sanctuaires des génies gardiens et des Invisibles: offrande que peut partager le voyageur dans le besoin, parce qu'elle est le don de l'Invisible. " Au Moyen-Orient, rapporte Scott Cunningham: " Les femmes qui désirent concevoir taillent dans du bois de figuier des pénis artificiels qu'elles graissent avec une pommade à base de pulpe de concombre et de purée de dattes. "

Le latex blanc qui exsude des branches évoque le lait et le sperme et les femmes africaines l'utilisent en onctions contre la stérilité et pour favoriser la lactation.

Dans le même ordre d'idées Albert le Grand écrivait: " Si on allume du feu avec des branches vertes de figuier devant un homme qui est rompu, les testicules craquent et font du bruit."

Folklore kabyle:

" Salut, ô figue violette.
Mon mari est vieux; ses genoux sont sales.
Dieu le fasse vite crever.
Je pourrai alors m'amuser dans les bras du premier que je rencontrerai.

 

Clef des songes:
Rêver de figuier est le présage que l'on recevra des coups de bâtons.

Sycomancie
Les feuilles de figuier peuvent servir à la divination. Il faut écrire sur les feuilles les questions que l'on veut poser. Si la feuille sèche très vite, c'est mauvais signe, et vice-versa. Il y avait en Grèce Antique des prêtres sycophantes " révélateurs de la figue " qui étaient chargés d'annoncer la maturité des figues. On donna ensuite après l'interdiction d'exporter les figues hors de l'Attique le nom de sycophantes par dérision aux dénonciateurs de la contrebande des figues, puis à tous les délateurs et maîtres chanteurs.
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Figues fraîches:
Selon les variétés la figue peut être blanche et très douce, verte, marron, violette ou presque noire. Ces dernières sont consommées en dessert alors que l'on préfère généralement les vertes, riches en glucides pour le séchage. Les figues blanches sont à peau fine et sont  parfois plus juteuses que les violettes que les consommateurs préfèrent pourtant à cause sans doute de l'attrait de leur couleur. Il y a trois grandes variétés: la figue violette de petite taille, en forme de poire, la plus juteuse, la plus sucrée, la plus fragile; à la chair pourpre; la figue verte en forme de poire allongée qui jaunit à maturité et a une chair rosée; et la noire, ronde et souvent aplatie à la base du fruit et fendue, très sucrée, plus sèche et plus granuleuse mais qui supporte mieux le transport. Parmi les meilleures variétés nous avons l'Aubique blanche qui est verte à chair blanche, la Blanche d'Argenteuil, la Barbillonne violette à chair blanche, la Bellone, verte à chair rouge, la Rouge d'Argenteuil, violette à chair rose, la Rouge de Bordeaux aux fruits rouge violacé, la Noire de Caroub, noire à chair rose, " un sucre ", la Bourjasotte aux fruits noirs, la Marseillaise à la fois ferme et fondante.

Astuces:
  • Une petite goutte de sucre doit se former près du pédoncule. La figue doit " pleurer " ou " faire la perle ". Prenez la peine de choisir car trop mûre, la figue fermente, développe des moisissures et provoque des troubles, trop verte elle peut causer des aphtes.
  • Prenez des figues mûres mais fermes, à la peau souple, à la couleur uniforme, sans tâche. Une figue mûre est lourde.
  • Ce sont des fruits délicats qui ne conservent pas plus de 24 heures et supportent mal les manipulations. Consommez-les ou préparez-les donc le plus rapidement possible après l'achat.
  • Elles se congèlent très bien. Pochez-les deux minutes à l'eau bouillante, pelez-les et placez-les en couches à peine sucrées dans une boîte spéciale congélation.

Figues sèches:
Les meilleures proviennent de Turquie et ce sont celles que l'on trouve en octobre chez les détaillants vendues au poids dans leur caisse d'origine. Elles ont été séchées au soleil, lavées à l'eau de mer et étuvées avant d'être conditionnées. Après Noël, elles ont tendance à se racornir, le sucre remonte à l'extérieur en les colorant de blanc. La mention d'origine n'est pas obligatoire mais quand on achète des figues en paquets ou en barquettes et s'il n'y a pas de précision, on a grande chance de se trouver en présence de figues italiennes ou grecques à la peau épaisse et plus dure. Le blanc n'est pas toujours du au sucre, cela peu être de la farine! Ceux qui n'ont pas conditionné tout leur stock,  passent  le reste à la vapeur d'eau puis les roulent dans la farine. Les figues vendues en chapelets sur du raphia sont sélectionnées, bien grosses et délicieuses. Les qualités sont définies en " couronnes ". Les sept et neuf couronnes sont les plus charnues, les cinq ou six couronnes le sont moins.

La figue dans tous ses états:
Les figues peuvent être transformées en confiture, en gelée, en pâte. Autrefois en Provence on faisait le raisiné avec les figues grises de septembre, bien sucrées. Après les avoir enfermées dans un sac de toile, on les trempait dans un chaudron d'eau bouillante, puis on tordait le sac pour exprimer le jus que l'on amenait à la concentration voulue par une longue coction. On cuisait dans ce sucre la pastèque blanche ainsi que les fruits qui n'avaient pu mûrir comme les tomates ou les melons encore verts. En Afrique du Nord on prépare un vin et une boisson fermentée avec les figues sèches, l' araki algérien ou la boukha tunisienne. On peut prendre la boukha à l'apéritif ou l'utiliser en cuisine pour déglacer des sucs de cuisson ou corser une salade de fruits. Avec le latex qui s'écoule des tiges on peut faire un faux chewing-gum. En Europe centrale, on torréfie les figues pour les utiliser comme de la chicorée.

Astuces:
  • Toutes les figues conviennent aux confitures, mais la variété dite " marseillaise " est la plus recherchée. 
  • Pour les confitures, choisissez des figues pas trop mûres et d'égale grosseur. Par contre pour la marmelade, il faut que les fruits soient plus mûrs. 
  • On peut peler délicatement les fruits sans les faire éclater ou les utiliser avec la peau. Dans ce cas, il faut piquer les fruits avec une épingle pour que le sirop pénètre mieux. Donnez vos coups d'épingle surtout près de la queue, la partie la plus ferme du fruit.
  • Même si elles n'apportent pas d'arôme particulier, les feuilles une fois ébouillantées peuvent être utilisées comme les feuilles de vigne pour envelopper des farces diverses.

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La figue fait partie des treize desserts de Noël des Provençaux et des quatre mendiants avec les raisins, les noix, les amandes. Elle est délicieuse avec du fromage blanc, de la crème fouettée, un coulis de fruits rouges, une gelée de groseille. Vous pouvez en faire des compotes, des soupes au vin, de succulentes tartes et confitures. Vous pouvez servir des figues bien mûres en entrée avec du jambon de Parme ou du San Daniele. Les figues coupées en deux peuvent se transformer en barquettes fourrées de jambon, de melon ou même de roquefort, de gorgonzola, de chèvre ou de gouda au cumin..

Les figues coupées en deux, pas trop mûres, poêlées au beurre, peuvent se substituer aux pruneaux ou aux pommes-fruits avec le lapin par exemple. Essayez le canard aux figues ou les perdraux farcis. Mises à macérer dans un mélange de porto tiède coupé d'eau, elles accompagnent fort bien le gibier ou le porc. Avec raisins et lardons, elles  font merveille avec les  pintades ou les cailles. La figue est très appréciée dans la préparation des volailles en Sardaigne, au Portugal et chez nous dans le Quercy.

Les figues aux whisky, des figues pochées puis macérées dans du whisky ont leurs amateurs enthousiastes. Ce mélange étonnant de prime abord fut inventé au siècle dernier par le petit-fils de Lucien Bonaparte, sir William C. Bonaparte Wise au cours d'un séjour à Avignon.

Le saviez-vous?
  • On appelle " nougat de capucin " , une figue sèche ouverte en deux et fourrée d'un cerneau de noix.

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Fraîches ou sèches, les figues sont très digestes et sont même recommandées en cas de douleurs stomacales ou de dérangement intestinaux. Elles contiennent beaucoup de fibres insolubles qui facilitent le transit intestinal et qui aident à prévenir la constipation. La figue fraîche apporte une proportion de 3 grammes de fibres pour 100 g, la figue sèche 11 de grammes. Elles contiennent de la pectine qui aide à réduire le taux de cholestérol.

Elles sont très nutritives et contiennent beaucoup de minéraux, fer, manganèse, potassium, calcium, brome. La figue fraîche donne un apport énergétique de 64 calories pour 100 gramme, la sèche de 239 calories. L'assèchement, et donc l'évaporation de l'eau concentre les éléments nutritifs. Comme tous les fruits secs les figues ont une teneur en sucre très élevée, 56,8 g de glucides contre 15,5 pour la figue fraîche. Un des constituants de la figue serait analogue au suc pancréatique. Le fruit cuit est résolutif.

Le latex blanc qui sort à la cassure des rameaux ou du pétiole des feuilles est âcre et irritant. Il contient un ferment qui coagule le lait et des enzymes digestifs qui " digèrent " la viande. Il détruit les cors et les verrues.

Attention! 
  • Les feuilles peuvent par simple contact provoquer des allergies cutanées.

Infusion:
Les tisanes de feuilles de figuier sont bonnes pour les dyspepsiques. La décoction de figue sèche en gargarisme, adoucissante, est conseillée en cas de toux, irritations de la gorge, enrouement.
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Dans toutes les civilisations, la figue et le figuier sont des symboles de la fécondité d'une part, de la Connaissance et de la Science d'autre part.

Mythologie gréco-romaine
Consacré à Priape, le dieu de la Fécondité ainsi qu'à Hermès et Jupon, le fruit symbolise l'abondance et la fécondité. La figue serait le premier fruit que l'homme ait mangé. Selon la tradition romaine, les nouveaux-nés, Romulus et Rémus, fondateurs de Rome ont été récupérés sous un figuier sauvage par une louve qui les allaita et les éleva comme ses propres petits. Les Romains appelaient cet arbre qui poussait au milieu du Forum, le " figuier ruminal ", rumen signifiant mamelle. S'il dépérissait, c'était mauvais présage et s'il mourait, il fallait s'empresser d'en planter un autre pour conjurer le sort.

Le bois de figuier, purificateur servait à brûler les monstres et les livres impies.

Tradition islamique
Le figuier et l'olivier associés sont une image de la dualité ainsi que de l'unité et de l'universalité du véritable savoir, de la Connaissance.

Tradition chrétienne:
Le figuier est le premier arbre dont parle la Bible. La Genèse fait dire à Eve qu'il est " désirable pour acquérir le discernement". Lorsque Adam et Eve eurent mangé le fruit défendu de l'arbre de la Connaissance , " les yeux de l'un et de l'autre s'ouvrirent, ils connurent qu'ils étaient nus, et ayant cousu des feuilles de figuier, ils s'en firent des ceintures " dit la Genèse. Ce n'est que depuis le haut Moyen Âge qu'est apparue la fameuse feuille de vigne confondue par les artistes du nord des Gaules avec les feuilles de figuier, ignorant de l'arbre méditerranéen. Le figuier a un aspect négatif quand il est desséché,
" il représente la Synagogue qui, n'ayant pas reconnu le Messie de la Nouvelle Alliance, ne porte plus de fruits; il représente aussi bien telle Église particulière, dont l'hérésie aura desséché un rameau." écrit Jean Chevalier dans le Dictionnaire des symboles. Il symbolise la science religieuse. Quand dans le Nouveau Testament Jésus le maudit  et le condamne à la stérilité, ce qu'il vise, c'est la science qu'il représente. Jésus reproche à Nathanaël, un intellectuel:
" Je t'ai vu quand tu étais sous le figuier." Certains voient aussi dans cet épisode une condamnation de Jérusalem qui tue les prophètes et lapide ceux qui lui sont envoyés.

Tradition asiatique:
Bien que le symbolisme profond soit le même qu'en Occident, les arbres sacrés des hindous et des bouddhistes ne sont  pas notre figuier (Ficus carica ), mais le Ficus religiosa, appelé pipal en hindi et le Ficus bengalensis, le banian aux racines aériennes. Ni l'un, ni l'autre ne donnent de fruits comestibles.

En raison du grand nombre de ses graines, la figue est un symbole de fécondité. Dans l'Antiquité le bois de figuier servait à sculpter les statues du dieu Priape. C'est en raison même de la forme de ses fruits, analogues aux parties sexuelles masculines,  que la figue a la réputation d'être aphrodisiaque. Angelo de Gubernati dans sa Mythologie des Plantes note un dessin de Michel-Ange intitulé le Phallus d'Adam représentant un serpent entre deux figues.

Ainsi, en Afrique du Nord, la figue est synoyme de "testicules". " Son nom est devenu à tel point synonyme de testicules qu'il ne s'emploie pas dans la conversation courante et s'est trouvé remplacé par le nom de leur saison, le khrif, l'automne", écrit Jean Servier dans Les Portes de l'année.
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