(Juniperus communis; Angl: juniper; All: wacholder; Ital: ginepro; Esp: enebro; Tibétain: shukpa)

Le genévrier est un conifère de la famille des Cupressacées comme le cyprès. Habituellement buissonnant, cet arbuste à l'écorce grise et rugueuse a des feuilles persistantes, piquantes, vert glauque et marquées d'un sillon blanc par dessous, groupées par trois et qui ressemblent à des aiguilles acérées.

Il donne en avril-mai des petites fleurs jaunâtres peu visibles groupées en petits chatons à l'aisselle des feuilles. Il est dioïque, et seuls les arbres femelles donnent des baies après pollinisation. Les graines s'entourent d'une pulpe protectrice formant des fruits improprement appelés " baies ". Malgré ce nom, les fruits sont des cônes comme la pomme de pin. Charnus et verts, ils deviennent à maturité, au bout de deux ans, violets, bleu-noir, et sont recouverts d'une buée mate. Leur saveur âcre a valu à la plante son nom savant à partir du mot celtique juneprus signifiant " âcre ".

C'est un des arbres d'Europe que l'on peut rencontrer du niveau de la mer et jusqu'à 2500 mètres d'altitude, mais à une telle altitude il perd de son envergure et devient rabougri, tourmenté, tassé sur le sol. Très répandu surtout dans l'ensemble de l'hémisphère Nord, mais présent dans les zones montagneuses des zones tropicales, le genévrier pousse à l'état sauvage en Europe, en Asie, et en Amérique où les Indiens le connaissent bien. De nos jours, les baies cultivées viennent surtout des pays de l'Est.


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On a retrouvé des traces de baies dans des habitations préhistoriques en Suisse. Le genévrier est une des plus anciennes épices et l'une des rares que l'Occident pouvait exporter vers l'Est. On exportait vers Tyr et Jérusalem, outre le cuivre, le plomb et l'étain, le ladanum, l'origan, les câpres, les baies de genévrier et les essences ou huiles parfumées à la menthe, au thym, au basilic, à la rose, l'iris ou le myrte. En 2205 avant J.C, sous le règne de Pepi Ier, l'huile extraite des baies entrait dans la composition d'un onguent destiné aux onctions des images divines. Vers 2080 avant J.C une tablette d'Ur en Chaldée consiste en un reçu donné à un marchand pour la livraison de pommades aromatiques, de miel, de résines de cyprès et de genévrier que les rois de Sumer se procuraient à l'Ouest. On a retrouve en Crète dans des cavernes funéraires, des cendres de genévrier datant de la même époque, et un brûle-parfum contenant des baies de genièvre et des graines de coriandre.

Les parfumeurs chypriotes, contemporaines de la Belle Hélène, utilisaient beaucoup de cèdre et de genièvre, tous deux très abondants sur l'île et faisaient fortune en Crète et dans le Péloponnèse. Hérodote vers 450 avant J.C. attribuait la beauté des femmes Scythes à l'emploi de masques à base de genièvre et de résineux. Les savants grecs de l'école d'Hippocrate (460-377), père de la médecine occidentale, recommandaient le genièvre comme diurétique. D'après Dioscoride, Plutarque et Galien, les médecins grecs et romains, à l'instar de leurs collègues égyptiens en mettaient dans la recette du kyphi, que l'on utilisait comme parfum destiné à des fumigations, ou que l'on mêlait à des boissons. Le kyphi était une véritable panacée pour les affections pulmonaires, hépatiques et intestinales.

Les baies servaient de base à un vin mentionné par Caton l'Ancien (232-147 avant J.C.) " pour échauffer et provoquer l'urine " dans son traité De re Rustica qui mentionne les 120 plantes médicinales qu'il cultivait dans son jardin. Les Romains peu fortunés devaient s'en contenter pour épicer les plats et l'utilisaient à la place du poivre. Mais il est certain qu'une bonne partie de la politique orientale de Rome et de sa constante poussée vers l'Est, s'explique par le besoin de remplacer le genièvre, les câpres ou la coriandre par des épices " cent fois plus fortes et chaleureuses ", telles que le poivre, le gingembre, le girofle et la muscade...

Déjà les Gaulois utilisaient les baies de genièvre pour teindre les textiles en brun. Ils cueillaient les baies avant maturité pour obtenir du vert.

Au Moyen Age, baies, sommités, extrémités des rameaux, bois et cendres, huile de genièvre étaient garanties toniques, stomachiques, diurétiques, sudorifiques, stimulants, dépuratifs et anticatarrhaux. L'Ecole de Salerne chantait les vertus de ses baies en ces termes:

" Bonne pour le poumon, sa baie aromatique,
Dissipe encore l'accès de toux vive et bronchique.
Elle expulse du corps un venin dangereux,
Son grain brûlé, de tête, apaise un mal affreux. "

La vogue des baies de genièvre au Moyen Age et à la Renaissance fut si considérable qu'on leur a même attribué des guérisons miraculeuses. On brûlait dans nos contrées, les feuilles et les baies

pour purifier l'atmosphère des locaux d'habitation et combattre les infections Clément Marot remarque:

" Puis es cantons feux de genièvre allument
En leurs maisons esventent et perfument. "

Le genièvre était également conseillé en cas de chute de cheveux et de morsures de serpent. Les infusions de baies de genièvre avec une cuillerée à soupe de vinaigre servaient à éliminer les poux. En Crète, jusqu'à une époque très récente les femmes lui attribuaient leur fécondité.

Le roi Charles V se composa un remède pour conserver une bonne santé et s'assurer une bonne espérance de vie. Il en était très fier et se montrait très secret à ce sujet, et ne consentait à donner sa recette qu'à ses amis les plus intimes. Celui-ci était composé de 9 baies de genièvre cueillies au lever du soleil, 4 branches de rue, 1 noix, 1 figue sèche, un peu de sel, le tout pilé et absorbé à jeun.

D'après le Plichto, traité sur la teinture publié en 1548, les jeunes brindilles et les baies mûres donnaient avec mordançage à l'alun des tons " cannelle " et " noisette ", très solides au lavage et résistants à la lumière.

Nicolas Culpeper qui fit publier le fameux herbier Complete Herbal en 1649 qui met l'accent sur les propriétés médicinales (et aussi astrologiques!) des plantes revenait comme ses prédécesseurs sur ses propriétés diurétiques et le recommandait pour combattre la goutte et la sciatique et pour raffermir les muscles. Depuis l'Antiquité les cendres de genévrier étaient réputées souveraines contre les épidémies, la peste ou le choléra. Au 19e siècle, en 1856 en Allemagne, on fit brûler, comme Hippocrate l'avait fait pour protéger Athènes, du genévrier lors d'une épidémie de choléra, et on fit de même en France dans les hôpitaux en 1870 contre la variole.


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Assurance tous risques:
La médecine populaire voyait dans l'huile de genièvre un remède domestique aux multiples vertus, une panacée, un antidote universel, réchauffant, stimulant les énergies vitales, renforçant la conscience, chassant les sorcières, les fantômes et les mauvais esprits, protégeant des serpents et des animaux venimeux, servant de paratonnerre et même d'antivol et de piège. On lui attribuait également le pouvoir de soigner l'impuissance.

Les sorcières ne peuvent rien tant qu'elles n'ont pas comptées les innombrables feuilles acérées de cet épineux. Elles sont si nombreuses que cela laisse une chance à celui à qui elles veulent s'attaquer de les surprendre en plein travail, et donc de leur échapper et de courir se mettre à l'abri.

Dans son Folklore des Vosges, Léopold François Sauvé raconte comment avec des baies ramassées en août, macérées 36 heures dans du vin blanc et de l'eau de vie, puis séchées, on pouvait faire une cure quand le besoin s'en faisait sentir, matin et soir pendant trois jours, trois de ces baies dans du vin blanc: "  Elles fortifient le cerveau, éclaircissent les idées et la vue, rendent solide la poitrine et complaisent l'estomac, chassent les ventosités, clarifient les urines, empêchent la pierre de se former dans nos organes, défendent de la paralysie, du tremblement de la fièvre carte, du venin et du mauvais air, réchauffent la moelle des os, rendent l'haleine agréable, retiennent les larmes, soulagent le mal de coeur et de la tête, endorment enfin toutes les douleurs causées par le froid. " Que demander de plus? On se le demande! On comprend que les montagnards des Alpes, des Cévennes, ne manquaient pas de bonnes raisons d'apprécier l'alcoolat et de sortir la bouteille.

Dans le Dauphiné, on considérait carrément le genièvre comme un porte-bonheur. En Lozère quand une vache tombait malade après avoir été tétée par un serpent, son propriétaire enfouissait un rameau de genévrier qu'il avait frotté sur la bête malade sous le pavé de l'étable. A mesure qu'il pourrissait, la vache commençait à guérir.

Tibet:
Une variété de genévrier, Juniperus indica, appelé aussi cèdre-encens, le shukpa des Tibétains, joue un rôle considérable dans les nombreux rituels des bouddhistes tibétains à titre d'encens comme son nom l'indique. Tous les matins, les Tibétains montent sur la terrasse ou le parapet de leur maison et font des fumigations de genévrier dans un sangspor, un simple pot destiné à cet usage. Quand passe un grand rinpoche, ils font des fumigations sur le sangskun placé sur le mur de leur jardin. Il s'agit d'une brique plate légèrement creusée pour y placer les braises et le cèdre-encens, et surmontée de deux autres briques en triangle. Plus prosaïquement ils ajoutent des cendres de genévrier purifiées, des clous de girofle , de caradamome soigneusement moulues à leur tabac à priser.


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Baies:
Sphériques, plus petites qu'un petit pois, les graines sont cueillies à la main, avec des gants car les feuilles sont très piquantes. Elles mûrissent la seconde année et prennent une teinte d'un noir bleuté, pruineuse. Portant au sommet une fente étoilée, elles contiennent une pulpe charnue et résineuse et deux à trois graines anguleuses. Elles ont une odeur résineuse, une saveur boisée, âcre-douce, un peu amère et légèrement brûlante dans la bouche à cause des hydrocarbures de l'essence, dont le pinène, le myrcène, le limonène, mais douce aussi car contenant 30% de sucre.

On les utilise entières ou broyées. Si vous devez utiliser des baies broyées pour les incorporer directement à un pâté ou une farce, dosez avec précaution pour ne pas donner trop d'amertume.

Huile essentielle:
Extraite des baies, elle est utilisée dans la fabrication d'insecticides et de parfums, et en aromathérapie. La junipérine est une matière colorante.


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Europe:
C'est dans l'Est de la France et chez les Saxons que le genièvre est apprécié le plus dans la cuisine. Il est digestif et stimule la sécrétion des sucs gastriques, c'est pourquoi on ajoute ses baies dans les plats lourds et difficiles à digérer comme la choucroute et la charcuterie maison ou industrielle. Tous les petits oiseaux, grive, merle, bécasse, quel que soit le mode de préparation, gagnent à être relevés de genièvre. Sa saveur forestière très aromatique convient parfaitement à la préparation des plats de gibier, des pâtés, des terrines, des marinades pour gibier (sauf le chevreuil) et porc, des saumures, des rognons de veau, ou du jambon fumé.

Le genièvre aromatise vins, bières et alcools de grains, comme le gin, le piquet en Belgique, le schiedam aux Pays-Bas, ou l'aquavit. En ce qui concerne le gin, le genièvre n'intervient pas par fermentation, mais uniquement pour aromatiser une eau de vie de grains de malt. Par contre le genièvre tiré des baies et de moûts de grains est une eau de vie très populaire dans le nord de la France et chez les Flamands. C'est même, paraît-il, ce qui évite aux habitants d'être atteints de goutte et de rhumatismes. Les Scandinaves ajoutent du genièvre au houblon pour le brassage de leurs bières, et ils en aromatisent l'aquavit, les marinades de boeuf, de porc et d'élan. Les Espagnols en relèvent des saucisses et le chorizo qu'ils font fumer sur des brindilles de genévrier. Comme quoi, le genièvre n'est pas l'apanage des gens du Nord !

Les Ecossais font fumer leur saumon avec du bois de genévrier au parfum très pénétrant.

Amérique du Nord:
Les Canadiens l'utilisent aussi avec la viande d'élan, ou d'oie sauvage.
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Diurétique, antiseptique, digestif, sudorifique, le genièvre est également désinfectant des voies urinaires et anti-inflammatoire en cas d'arthrite, rhumatismes musculaires et névralgie.

Attention!
  • Il doit être consommé avec modération, et surtout pas par les femmes enceintes et tous ceux qui souffrent des reins, car il peut être très irritant.

Le genièvre est utilisé en massage pour lutter contre la cellulite.

Huile essentielle:
Elle est très fluide, et d'une odeur balsamique très particulière, avec une note de coeur. En usage interne, elle est prescrite en cas de lassitude générale, manque d'entrain, asthénie, en cas de cystite, urétrite, calculs urinaires, en cas de rhumatisme et goutte en cas de cellulite.

En usage externe, elle est appréciée comme antiseptique cutané et est indiquée diluée dans de l'huile d'avocat contre l'acné et l'eczéma suintant. Elle est recommandée dans l'eau du bain en cas de rhumatismes et de cellulite. En cas d'insomnie, répandez quelques gouttes d'huile essentielle sur votre oreiller.

En cosmétique, en applications, elle combat l'acné et nettoie les impuretés de la peau.

Attention!
  • L'huile essentielle est contre-indiquée chez la femme enceinte et en usage interne ne doit pas être utilisée en cures trop prolongées sous risque d'albuminurie.

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Leurs graines triangulaires représentent la Trinité. Il a été béni par la Vierge qu'il a cachée et sauvée du roi Hérode. Il est le symbole de la protection et du secours aux êtres faibles ou timides.


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