(Zingiber officinale; Angl: fresh ginger en anglais; All: ingwer; Ital: zenzero; Esp: jengibre; Polonais: imber; Hindi: adrak; Thaï: khing; Indonésien: jahe; Chinois: shengjian; Arabe marocain: skinzbir)

Aujourd'hui cultivé dans toutes les régions tropicales, le gingembre est originaire de l'Inde et tirerait son nom de la ville de Gingi, située non loin de Pondicherry. Plus sérieusement, il s'agit probablement d'une déformation du mot sanscrit çringa-vera qui signifie " d'aspect cornu ".

C'est une plante vivace au port de roseau qui donne des fleurs jaune-vert groupées en épi. Ce sont les rhizomes souterrains de la plante qui ont des protubérances évoquant des mains ou des doigts qui nous intéressent. Après la floraison, ils sont déterrés, lavés, grattés et séchés au soleil.


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Les Grecs le connaissaient des Perses, mais ils l'utilisaient peu car il était rare et cher. Il était d'usage plus courant à Rome, mais on ignorait la provenance de ce zingiber. On pensait qu'il venait d'Arabie et du pays des Troglodytes et certains auteurs s'imaginaient que c'était la racine du poivrier, erreur que Pline rectifie.

Il s'est répandu en Europe très tôt, puisqu'il était connu en Angleterre avant la conquête des Normands, et pas seulement comme condiment puisqu'il est également cité dans les traités de médecine vétérinaire. C'est Marco Polo qui le premier put en indiquer la provenance, mais même s'il eut l'occasion de voir la plante de ses propres yeux et de décrire ses fleurs jaunes en épis, il reste bien imprécis. Et pour une description, complète et rigoureuse, de la plante et de sa culture, il fallut attendre le récit de Nicolas Conti qui voyagea en Inde, en Chine du Sud et à Java et Sumatra au début du 15e siècle.

Autant que ses qualités de condiment, ce sont ses vertus médicinales et surtout aphrodisiaques qui en assurèrent le succès au Moyen Age. Sainte Hildegarde de Bingen en faisait entre autres des collyres, car il avait la réputation d'éclaircir la vue. Elle le conseillait comme tonique, fébrifuge et anti-infectieux, mais mettait en garde les hommes obèses qui risquaient de devenir " ignares, inconscients, tièdes et lascifs "! C'est une panacée universelle, dit-elle, mais à condition d'en user avec modération.

Au Moyen Age, le gingembre était souvent associé au poivre rond ou au poivre long ainsi qu'aux graines de paradis et à la cannelle aussi bien dans des mets sucrés que salés. Il était présent sur les tables des riches au même titre que le poivre et le sel. Il était d'ailleurs aussi recherché et aussi cher que le poivre. On en vendait plusieurs variétés dont le baladie, le colombin qui venait de Colombo à Ceylan et le gingembre de mesche, ainsi appelé parce qu'il était censé venir de la Mecque. En fait le mesche était un gingembre entier à la chair bien blanche, " plus mol à trancher au couteau " que les commerçants arabes allaient chercher en Inde ou en Malaisie. Le mesche, vanté par Taillevent, cuisinier de Charles VII, premier français a avoir écrit un traité culinaire, était très cher, une livre valait le prix d'un mouton. Le gingembre rendait plus digestibles les plats en sauce, comme ceux cités par Taillevent: la cretonnée à pays nouveaulx, la grave d'escrevice, l'arbaleste de poissons, la vinée de chair, la dodine de vert jus, la potée de tetyne de vache, la galimafrée... On en relevait aussi des vins pimentés, vue sa réputation de faciliter l'élimination des graisses et d'augmenter la sécrétion des sucs gastriques.

Au 16e siècle, en 1555 exactement, époque où triomphent les goûts italiens, Nostradamus fait publier à Lyon un Traité des Confitures, où il se montre intarissable sur la préparation des confitures, des gelées au sucre et des fruits confits. Dans cet opuscule, " l'excellent et moult utile opuscule à tous nécessaire qui désirent avoir connaissance de plusieurs exquises recettes... ", il donne une recette de confiture de gingembre vert "  qui bien qu'on le nomme gingembre vert, se fait avec un gingembre dit mecquois, qui vient de la Mecque où Mahomet est enterré. Il s'intéresse aussi à l'eau de gingembre " pour faire souverain vin hyppocras ": " ...Si vous la goûtez, vous trouverez qu'elle tire toute sa force du gingembre. Vous pouvez mettre dedans de la cannelle qui lui donnera une pointe qui n'est pas à mépriser... ", écrit-il. Il ajoutait aussi du gingembre à son pignolat, ancêtre du nougat.

Les Espagnols introduisirent la culture du gingembre dans le Nouveau Monde et la culture devint vite très importante aux Antilles. Dès la fin du 16e siècle, la Jamaïque fut un des principaux producteurs et l'est restée. Peu après le gingembre atteignit la côte occidentale de l'Afrique où la Sierra Leone est devenue un des plus gros producteurs.
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Gingembre frais:
Le gingembre frais reste irremplaçable dans nombre de recettes.

Heureusement, on le trouve maintenant très facilement sur les marchés, chez les marchands de légumes et dans les grandes surfaces. Il nous parvient sous deux formes: le gingembre gris et le gingembre blanc. Le gingembre gris à la peau gris brun, au goût poivré et camphré, est importé de l'Inde. Le gingembre blanc plus long et plus grêle, qui est pelé, a une saveur plus brûlante et plus âcre, un arôme moins prononcé. Il est importé des Antilles et de la Jamaïque.

Le gingembre devient fibreux quand il est trop vieux. La qualité du gingembre gris se voit à l'aspect de la peau qui ne doit pas être ridée, à la facilité avec laquelle il se coupe, et à la netteté de la trace laissée par le couteau.

Conservation:
Conservez-le avec l'ail et l'oignon ou enveloppez-le dans un film alimentaire ou un papier absorbant et placez-le dans le bas de votre réfrigérateur, il gardera sa fraîcheur plusieurs semaines. Une façon de conserver du gingembre pendant plusieurs mois est de le mettre dans un pot de xérès bien fermé après l'avoir pelé et coupé en tranches: c'est la méthode anglaise. Les Chinois préfèrent le conserver dans un pot de sable non tassé, et les Japonais le mettre en saumure, renouvelée périodiquement pour qu'il ne soit pas trop salé.

Astuce: 
  • Si vous cuisinez souvent des plats exotiques, vous pouvez transformer le rhizome que vous venez d'acheter en hachis ou en pâte et le conserver au réfrigérateur dans une boîte bien fermée, ou le congeler en le fractionnant en portions pour le conserver plusieurs mois.

Le gingembre doit toujours être pelé avant toute utilisation. Vous l'emploierez frais soit râpé, soit haché menu, soit en pâte, ou encore en julienne sur une salade ou pour des garnitures.

Gingembre séché:
Le gingembre séché (dry ginger en anglais, saunth en hindi) préparé avec des rhizomes récoltés huit à dix mois après la plantation, contre cinq à six mois pour le gingembre frais, est vendu en morceaux ou en poudre. Il est beaucoup plus fibreux et plus piquant que le frais et n'est pas employé de la même façon. Pour tout cuisinier averti, gingembre frais et gingembre moulu ne sont pas interchangeables, mais tout aussi indispensables.

Gingembre confit:
On le connaissait jadis sous le nom de gingembrat. Il est fait avec des rhizomes que l'on a fait macérer dans une saumure pendant quelques jours, puis dans de l'eau froide, puis dans du sirop. Il est vendu dans les épiceries asiatiques dans des petits pots de porcelaine ventrus, les ginger-jars dont les anciens modèles font le bonheur de collectionneurs.

Beni shoga:
C'est du rhizome de gingembre confit au vinaigre à la japonaise. Il se présente sous forme de larges tranches rouge vif ou en radicelles rose pâle plus fines. Il est vendu en paquet ou en bocal. Il a le même usage que le gingembre ordinaire mais il est très décoratif. C'est l'accompagnement traditionnel des sushi, on l'utilise comme garniture ou comme condiment. Il doit être conservé au réfrigérateur dans un bocal bien fermé.

Gingembre cristallisé:
Il est fait avec des morceaux de gingembre confit, séchés et roulés dans du sucre.

Huile essentielle:
L'huile de gingembre, épicée, fraîche et camphrée à la fois, est obtenue par distillation à la vapeur des rhizomes séchés et non épluchés. Elle aromatise cordiaux, vins et bières. Elle est utilisée en aromathérapie.
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Gingembre frais:
Le gingembre frais reste irremplaçable dans nombre de recettes.

Heureusement, on le trouve maintenant très facilement sur les marchés, chez les marchands de légumes et dans les grandes surfaces. Il nous parvient sous deux formes: le gingembre gris et le gingembre blanc. Le gingembre gris à la peau gris brun, au goût poivré et camphré, est importé de l'Inde. Le gingembre blanc plus long et plus grêle, qui est pelé, a une saveur plus brûlante et plus âcre, un arôme moins prononcé. Il est importé des Antilles et de la Jamaïque.

Le gingembre devient fibreux quand il est trop vieux. La qualité du gingembre gris se voit à l'aspect de la peau qui ne doit pas être ridée, à la facilité avec laquelle il se coupe, et à la netteté de la trace laissée par le couteau.

Conservation:
Conservez-le avec l'ail et l'oignon ou enveloppez-le dans un film alimentaire ou un papier absorbant et placez-le dans le bas de votre réfrigérateur, il gardera sa fraîcheur plusieurs semaines. Une façon de conserver du gingembre pendant plusieurs mois est de le mettre dans un pot de xérès bien fermé après l'avoir pelé et coupé en tranches: c'est la méthode anglaise. Les Chinois préfèrent le conserver dans un pot de sable non tassé, et les Japonais le mettre en saumure, renouvelée périodiquement pour qu'il ne soit pas trop salé.

Astuce: 
  • Si vous cuisinez souvent des plats exotiques, vous pouvez transformer le rhizome que vous venez d'acheter en hachis ou en pâte et le conserver au réfrigérateur dans une boîte bien fermée, ou le congeler en le fractionnant en portions pour le conserver plusieurs mois.

Le gingembre doit toujours être pelé avant toute utilisation. Vous l'emploierez frais soit râpé, soit haché menu, soit en pâte, ou encore en julienne sur une salade ou pour des garnitures.

Gingembre séché:
Le gingembre séché (dry ginger en anglais, saunth en hindi) préparé avec des rhizomes récoltés huit à dix mois après la plantation, contre cinq à six mois pour le gingembre frais, est vendu en morceaux ou en poudre. Il est beaucoup plus fibreux et plus piquant que le frais et n'est pas employé de la même façon. Pour tout cuisinier averti, gingembre frais et gingembre moulu ne sont pas interchangeables, mais tout aussi indispensables.

Gingembre confit:
On le connaissait jadis sous le nom de gingembrat. Il est fait avec des rhizomes que l'on a fait macérer dans une saumure pendant quelques jours, puis dans de l'eau froide, puis dans du sirop. Il est vendu dans les épiceries asiatiques dans des petits pots de porcelaine ventrus, les ginger-jars dont les anciens modèles font le bonheur de collectionneurs.

Beni shoga:
C'est du rhizome de gingembre confit au vinaigre à la japonaise. Il se présente sous forme de larges tranches rouge vif ou en radicelles rose pâle plus fines. Il est vendu en paquet ou en bocal. Il a le même usage que le gingembre ordinaire mais il est très décoratif. C'est l'accompagnement traditionnel des sushi, on l'utilise comme garniture ou comme condiment. Il doit être conservé au réfrigérateur dans un bocal bien fermé.

Gingembre cristallisé:
Il est fait avec des morceaux de gingembre confit, séchés et roulés dans du sucre.

Huile essentielle:
L'huile de gingembre, épicée, fraîche et camphrée à la fois, est obtenue par distillation à la vapeur des rhizomes séchés et non épluchés. Elle aromatise cordiaux, vins et bières. Elle est utilisée en aromathérapie.
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Si ses qualités sont négligées en Europe, on continue d'en faire grand cas dans tous les pays où la médecine chinoise, l'indienne ou l'arabe, sont restées influentes, car il ouvre l'appétit, il accélère la sécrétion des sucs gastriques, il est digestif et fébrifuge, il abaisse le taux de cholestérol et empêche le sang de coaguler.

Astuce: 
  • N'hésitez pas à mâcher un peu de gingembre frais avant de monter en voiture ou en bateau! La plupart des recherches scientifiques menées un peu partout dans le monde au cours des dernières années ont démontré que le gingembre est bien à la hauteur de sa légende. Ainsi par exemple, nos marins en emportaient en grandes quantités au cours de leurs traversées, or on s'est aperçu récemment que s'il n'avait aucune propriété antiscorbutique comme on aurait pu le croire, il permet effectivement de réduire considérablement le mal de mer, ce dont les Chinois n'ont jamais douté! Des recherches menées par la Brigham Young University de l'Utah et le Mount Union College de l'Ohio ont démontré qu'il avait plus d'effet que la dramamine contre le mal de mer ou le mal de l'air.

Huile essentielle:
Cette huile est moyennement fluide, elle a une note de fond. Elle est stimulante de l'appareil digestif, tonique, carminative. En usage interne, elle est médicalement prescrite en cas de manque d'appétit, digestions difficiles, diarrhées ballonnements. En cas d'asthénie générale et... sexuelle. En cas de mal des transports, mal d'auto, mal de l'air une ½ heure avant le départ. En usage externe, elle est antalgique, et est employée diluée dans de l'huile d'avocat en frictions contre les douleurs rhumatismales. Quelques gouttes dans l'eau du bain, vous protégerons du rhume.

Médecine ayurvédique: Le gingembre est classé parmi les aliments aromatiques de saveur piquante, de nature échauffante et d'action post digestive douce. En Inde, il est courant de prendre, mélangés à un peu de miel, du jus de gingembre ou une tisane de gingembre en poudre le matin à jeun pour prévenir et soulager les rhumes et la toux, la gorge congestionnée, les écoulements de nez et les problèmes de sinus.

En cas de jeûne, boire de la tisane de gingembre en poudre permet d'éliminer les toxines. Pour ouvrir l'appétit, il est conseillé de pendre une pincée de sel à une demi-cuillerée de gingembre frais râpé.

Pour soulager les maux de tête, on recommande de faire une pâte faite d'une demi-cuillerée de poudre de gingembre additionnée de juste ce qu'il faut d'eau pour en faire une pâte, et de se l'appliquer sur le front.

En usage externe, le gingembre est antalgique, on l'applique en compresses contre les douleurs articulaires et musculaires et il est conseillé d'en mettre dans l'eau du bain en cas de douleurs, et pour se relaxer. Le plus simple est de mettre du gingembre râpé dans une mousseline et de la nouer autour du robinet d'eau chaude, de façon que l'eau s'écoule à travers le gingembre. Pour faire mûrir un bouton, il faut appliquer un mélange à part égale de pâte de gingembre et de curcuma. Les cuisiniers indiens sont passés experts à mettre à profit toutes ses qualités, et pas seulement gustatives. Ils l'utilisent systématiquement dans les marinades pour attendrir et conserver la viande, et ils le savent antioxydant et capable d'enrayer la salmonellose.

Médecine chinoise:
En Chine, le thé sucré au gingembre, préparé par infusion de gingembre frais ou séché dans de l'eau bouillante pendant cinq minutes, est très apprécié car il active la circulation sanguine, soulage le rhume de cerveau, combat la grippe, stimule le système immunitaire, calme le coeur tout en fortifiant le battement des oreillettes et est très réconfortant, de plus il empêche le mal des transports.
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Anthimus, l'inspirateur de l'école de Salerne et médecin du roi franc Thierry Ier et auteur au 6e siècle de la lettre De observatore ciborum, pour mieux prôner ses règles diététiques, n'hésite pas à illustrer ses propos avec des recettes culinaires. Le gingembre intervient dans la plupart des plats qu'il propose, car il facilite la digestion. A sa suite, il semble que c'est toute la cuisine médiévale qui semble avoir retenu la leçon, alors même que les épices sortent de la sphère médicinale et des traités de diététique pour gagner la sphère de la gastronomie.

Dès le 9e et 10e siècles, il y a déja un afflux considérable d'épices sur les marchés. Mais cet afflux s'est considérablement amplifié au 11e siècle avec les croisades. Les croisés en contact direct avec les délices de l'Orient reviennent avec des goûts nouveaux. Tous les chercheurs, Flandrin, Redon, Laurioux, Montanari, etc., ont mis en pièce avec des arguments de poids l'opinion communément admise que les épices servaient à conserver la viande ou à masquer le goût de nourritures mal conservées sinon avariées. La consommation des épices était dictée par le désir de l'imaginaire, par le besoin de se démarquer par le luxe et l'ostentation, la distinction sociale. Le fait que seuls les riches aient pu s'offrir ces épices, produits rares et chers était déjà en soi une raison suffisante d'en faire un objet de désir. Après tout pourquoi a-t-on des envies de caviar? On peut parler de " folie des épices " à l'instar de Braudel et s'étonner comme le fait G. Rebora qui écrit: " Je défis quiconque de digérer sa part de bouillon ou de sauce pour " douze personnes ", fait à partir d'une décoction (d'après les indications d'un livre de cuisine italien du 13e siècle) de vingt-six grammes de clous de girofle, de trois noix de muscade, de poivre, de gingembre, de cannelle et de safran: il suffit d'une once de clous de girofle pour confectionner un anesthésique efficace; de son côté la noix de muscade, en quantité excessive, devient toxique. " . Comme l'écrit Bruno Laurioux: "  De toute manière, pour les contemporains de Taillevent les épices avaient sans aucun doute un goût _ et un parfum _ d'éternité. "

Les recueils médiévaux le confirment, le gingembre était alors l'épice reine de la cuisine. Il entrait, selon les travaux de Bruno Laurioux, dans 43% des recettes françaises et seulement 20% des recettes anglaises. Et pourtant malgré cette grande faveur, il a été négligé ensuite au point que, dans Le Cuisinier royal et bourgeois de Massialot édité à la fin du règne de Louis XIV, il n'intervient plus que dans 1% des recettes!

Les épices entraient dans la confection de 70 % environ des sauces de Martino et Platine au 15e siècle, 80 à 90% des sauces françaises, vénitiennes et toscanes au 14e siècle alors que l'un ou l'autre des aromates indigènes intervenaient dans moins de la moitié des recettes de sauces et qu'il semble qu'aucun ne se soit imposé à tous. Dans les sauces, le gingembre était le roi, intervenant dans 40 à 74% des recettes devant la cannelle (31 à 46%), le safran (13 à 44%), le girofle (9 à 42%). On rencontrait aussi la muscade (5 à 19%), la maniguette ou graine de paradis (19% des recettes vénitiennes, et 42 % des françaises), le poivre ( 5 à 22%) et plus rarement le galanga ou garingal ( Vénétie, France, Angleterre), le macis (France et surtout Angleterre), la cardamome (Toscane et Vénétie).

Les sauces médiévales sont très éloignées de notre cuisine par la quantité des épices et herbes et par bien d'autres choses encore. Elles sont plutôt aigrelettes avec des ingrédients très acides, vin, vinaigre, verjus (jus de raisin acide), et parfois jus de groseilles, de grenades ou jus de citron ou d'orange amère... utilisés sans doute à haute dose puisqu'il n'y a pas mention d'autre élément liquide. En outre, elles sont maigres, liées au pain, au jaune d'oeuf, aux amandes et aux noix, au foie ou au sang, aux végétaux et épices pilées, mais sans liant farineux. On les adoucit parfois avec du bouillon de viande ou de poisson. La plupart des recettes de sauces sont légères, elles ne comportent aucune graisse qui ne vienne en tempérer l'acidité, ni huile, ni beurre, peu de lard ou de graisses animales et parfois seulement de la graisse de rôti. Aucune n'a survécu jusqu'à nos jours, exception faite de la moutarde, sinon au prix de transformations qui en ont complètement changé la nature par l'ajout de beurre et d'huile. Notre aillade et nos sauces vertes n'ont plus rien à voir avec celles de nos aïeux! A la fin du 15e siècle, à peine 2% des recettes comportent du beurre, et cela alors même que l'église permettait enfin dans les régions productrices du nord-ouest de l'Europe, l'usage du beurre en temps de Carême. La cuisine des jours gras se faisait encore avec des graisses animales et celles des jours maigres à l'huile.

La diminution des épices en quantité et en diversité est très nette à partir du 17e siècle, puisque seul le poivre, le clou de girofle et la muscade vont résister, et encore, à des doses très discrètes. Malgré l'immense faveur dont il bénéficiait jadis, le gingembre a été ensuite bien négligé. Quelle dégringolade vertigineuse si on rappelle que dans Le Cuisinier royal et bourgeois de Massialot à la fin du règne de Louis XIV, il n'intervient plus que dans 1% des recettes! Qu'est - ce qui s'est passé?

C'est une évolution qui va de pair avec une progressive mais profonde transformation des goûts des élites sociales comme le met fort bien en lumière Jean-Louis Flandrin. " Je ne vois pas _ écrit-il _ quelles transformations démographiques, économiques ou techniques peuvent expliquer cette révolution culinaire: celle-ci ne se manifeste pas sur le plan des contraintes matérielles, mais sur la plan du désir. "

La consommation de sucre augmente. Aux sauces acides et épicées succède une attirance pour des sauces plus grasses, plus douces et plus respectueuses de la saveur propre des aliments, du " naturel ". Les sauces grasses au beurre qui s'imposent dans la haute cuisine européenne au 17e siècle, et celles à l'huile qui s'en inspirent constituent une véritable révolution du goût par rapport à celles qui étaient en usage. Le sentiment d'une antinomie entre le sucré et le salé se développe et devient un des principes de la gastronomie française et du " bon goût ". Le goût doux s'affirme avec une utilisation croissante du sucre dans de nombreuses préparations. Et en même temps qu'évoluent les assaisonnements, le choix des aliments se modifie. Dans cette "nouvelle cuisine " les plats de céréales disparaissent des recueils de recette, les légumes et champignons deviennent à la mode, de même que peu à peu les viandes de boucherie tenues jusqu'alors pour " grossières ". Les progrès de la navigation et la découverte du Nouveau Monde ont rendu les épices plus banales et moins chères, et l'objet d'une consommation ostentatoire de la bourgeoisie. Les épices ne sont plus de bon ton chez les élites aristocratiques qui s'en détournent, maintenant que tout le monde peut s'en procurer. Elles cessent d'être le critère du luxe et de la magnificence, de la distinction sociale, du détachement par rapport à la nécessité, comme elles l'étaient au Moyen Age. Du haut de sa richesse, on récupère même des produits indigènes, jadis qualifiés de " paysans ". Dans Les Délices de la campagne, Nicolas de Bonnefons pose un principe révolutionnaire et fondamental pour l'évolution de la cuisine française. Il faut, dit-il, " que le potage aux choux sente le choux; aux poireaux, le poireau; aux navets, le navet et ainsi des autres... Ce que je dis des potages, j'entends qu'il soit commun et serve de loi pour tout ce qui se mange ". Aux épices, les élites préfèrent désormais la ciboulette, l'échalote, les fines herbes, les champignons, les câpres, les anchois... peut-être plus en accord avec les sauces grasses qui remplacent les sauces maigres et aigrelettes du Moyen âge.

S'il est une de ses multiples qualités que nulle équipe n'a pu prouver de façon scientifique et indubitable, c'est bien son pouvoir aphrodisiaque, et pourtant ce n'est pas la moindre raison du succès phénoménal de cette racine noueuse chez les Chinois et les autres peuples asiatiques, les Arabes et les Africains et chez nous dès son introduction.

Même dans l'au-delà, au jardin des Délices, les bons musulmans trouveront du gingembre et pourront folâtrer avec de ravissantes houris. " Un mélange de vin exquis et d'eau pure de Zangebir est leur boisson ", dit le Coran, qui précise: " Des enfants doués d'une éternelle jeunesse s'empresseront de les servir; la blancheur de leur teint égale l'éclat des perles. "

Son succès au Moyen âge s'explique autant par sa réputation d'aphrodisiaques que pour ses vertus aromatiques ou médicinales. Selon Sainte Hildegarde de Bingen, " Il rend les hommes lascifs et laisse les femmes, sans défense. " L'école de Salerne vante ses vertus aphrodisiaques en un quatrain célèbre:

Au froid de l'estomac, des reins et du poumon
Le gingembre brûlant s'oppose avec raison,
Eteint la soif, ranime, excite le cerveau
En la jeunesse éveille amour jeune et nouveau.
 "

Selon Nostradamus, " ... il est indiqué aux estomacs trop froids, ainsi qu'aux personnes qui se sentent dénaturées par l'âge. Mais il est plus profitable encore aux hommes qui ne peuvent remplir le devoir de nature. " Il le recommandait aussi aux femmes incapables d'enfanter par " froideur de matrice. "

La tradition dit que les Portugais qui introduisirent le gingembre en Sierra Leone et en Guinée comptaient fermement dessus pour obtenir un fort taux de natalité dans leurs haras d'esclaves humains.


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