(Hibiscus sabdariffa; Angl: red roselle; Hindi: lal amabadi, Esp: rosella ou flor de Jamaïca)

Domestiqué au Soudan dès le quatrième millénaire avant notre ère au Soudan, cet arbuste buissonnant du genre Hibiscus comme le gombo, est une belle plante aux tiges et feuilles d'un vert intense qui est répandue dans les régions tropicales et subtropicales chaudes et humides et s'est acclimatée ici ou là. Ses fleurs rouge vif s'ouvrent le matin et meurent douze heures après. Elles n'ont pas d'odeur, mais qu'importe puisqu'elles sont fécondées de jour par des colibris et que ces oiseaux n'ont pas d'odorat.

"Voyez entrer un savant dans une prairie riante ou dans un jardin parfumé et écoutez-le. Vous prendrez promptement le jardin ou la prairie en horreur" écrivait Alphonse Karr au siècle dernier dans son Voyage autour de mon jardin où il brocardait le langage barbare des botanistes et leurs méthodes de classification des plantes. Il s'amusait à citer l'exemple de l'hibiscus, du baobab et de la mauve. L'hibiscus appartient à la famille des Malvacées, comme le baobab et la mauve qui a donné son nom à cette famille. Or que peut-il y avoir de commun entre l'hibiscus qui est un arbuste aux superbes fleurs rouges sang, le gigantesque baobab des régions tropicales sèches pollinisé de nuit par les roussettes, et la mauve, modeste fleur des champs, commune dans les zones tempérées, pollinisée par les insectes? Ce n'est pas évident pour le profane, et ce n'est ni leur habitat d'origine, ni leur taille, ni leur odeur, ni leur couleur, ni leurs moeurs! C'est leur architecture florale qui est similaire, et qui est particulièrement facile à observer chez l'hibiscus. L'organe mâle, formé d'innombrables étamines toutes soudées en une colonne, émerge longuement et de façon on ne peut plus provoquante du centre de la corolle, et ce pistil est tout à fait typique de la famille des Malvacées. En effet, c'est précisement en fonction des caractéristiques de leurs organes sexuels, c'est-à-dire des fleurs, que les botanistes classent les plantes en un plus de trois cents familles. C'est pour la même raison que l'on retrouve de façon apparament saugrenue l'ail dans la famille des Liliacées à côté des lis ou des tulipes.

On l'appelle Hibiscus rouge alors que le nom seul d'hibiscus désigne toute une espèce et non la seule roselle de Guinée également nommée karkadé, oseille de Guinée rouge, oseille rouge. C'est un arbuste familier en Egypte, au Sénégal, au Burkina et la plupart des pays du sud du Sahara. Au Mexique on appelle les fleurs de karkadé, fleurs de Jamaïque.


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Selon Scott Cunningham, auteur de L'Encyclopédie des herbes magiques, les sorciers Dobu du Pacifique "prononcent leurs oracles devant un bol de bois rempli d'eau où flottent quelques fleurs d'hibiscus."

Dans " Le dernier Mitterand " le journaliste Georges-Marc Benamou nous fait le récit du dernier réveillon du président, le 31 décembre 1996 à Latche en compagnie de la famille et de quelques amis. Cela tient plus de la veillée que de fête. Le 1er janvier, le président est très affaibli et refuse de manger. " Il hèle Tarot (son médecin), lui réclame de l'hibiscus _ ce thé des pharaons rapporté d'Egypte. Tarot s'exécute et revient avec un grand verre d'un liquide rouge transparent. Le président tente de boire, c'est difficile. Il hoche la tête. Il apprécie. Le liquide rouge a l'air de lui plaire. Mais il goûte à nouveau, et il change d'avis. L'hibiscus n'est pas au point. L'hibiscus n'est pas assez froid, on le lui change. Il boira ainsi successivement de l'hibiscus froid, chaud, tiède, toutes sortes de variations sur l'hibiscus, tout en persistant à ignorer le plateau de la gardienne et les médicaments de Tarot. Son malheur est grand. Il grogne contre l'hibiscus, contre Tarot, la gardienne, la terre entière. "

Dans la tradition arabe le thé aux fleurs d'hibiscus est considéré aphrodisiaque. Pour éveiller le désir sexuel, il est conseillé de porter sur soi de petits sachets rempli d'hibicus ou de faire brûler les boutons de la plante comme parfum excitant.


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Fleurs:
Les calices d'un rouge brillant du karkadé ont un goût légèrement acide qui tire sur l'airelle et la groseille et sont mucilagineux. En France on ne trouve pas de karkadé frais, mais vous pouvez vous en procurer du séché dans les magasins spécialisés en épices et dans les pharmacies et herboristeries sous le nom d'Hibiscus au rayon " tisanes ".

On peut effectivement en faire une boisson légère, au goût légèrement acidulé, d'une belle couleur rouge comme le vin. On peut la consommer chaude, c'est alors une boisson très désaltérante, refroidie et modérément sucrée ou carrément glacée. En Afrique, il est vendu en tas ou conditionné en sachets sur les marchés.

Feuilles:
Les Africains consomment aussi les feuilles dans les " Sauces " et comme légume. Ils utilisent aussi pour les " Sauces " les feuilles d'une variété d'Hibiscus à fleurs jaune, appelées les feuilles de Bitô, bouillies, égouttées, pilées ou écrasées. Elles contiennent plus de chlorophylle que la variété à fleurs rouges et pour corriger l'acidité on y adjoint du citron ou du jus de tamarin.

Sirop:
Au Sénégal où on l'appelle bissap, on fabrique industriellement des sirops de bissap commercialisés sur place, mais aussi exportés et donc disponibles dans les boutiques africaines.

Confiture:
De la confiture d'oseille de Guinée, commercialisée notamment par l'UCOBAM au Burkina est en vente chez nous dans les boutiques et supermarchés africains.


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Les calices sont utilisés frais ou séchés pour acidifier des currys et des chutneys indiens, et des sauces jamaïquaines ou africaines, pour épaissir et gélifier des confitures et pour fabriquer des gelées, des entremets et des boissons exotiques fort agréables.

Afrique:
Les Africains consomment aussi les feuilles dans les " Sauces " et comme légume. La queue de boeuf à la sauce graine d'origine sénégalaise et consommée dans les pays du golf de Guinée, au Bénin, au Togo, en Côte d'Ivoire préparée avec le fruit du palmier à huile est additionnée de feuilles de bissap. Les feuilles vertes de bissap donnent un petit goût légèrement amer au N'Gourbane, un plat sénégalais à base de brisures de mil et de viande.

Moyen-Orient:
Les touristes qui ont eu la chance de visiter l'Egypte reviennent souvent avec du karkadé séché qui, infusé, est très agréable à boire aussi bien froid que chaud.

Mexique:
Ce que l'on appelle l'eau de Jamaïque n'est rien d'autre qu'une infusion de karkadé, une boisson très populaire que l'on boit sucrée et glacée.


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Il est antispasmodique, antimicrobien et nutritif. Le karkade et le cynorrhodon, souvent associés en infusion pour la couleur et le goût, contiennent 10 à 50 fois plus de vitamines C que les oranges.

En décoction il apporte une nuance rousse aux cheveux.
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Pour les Chinois, l'hibiscus dont les fleurs se fanent très rapidement évoque l'évanescence, et le côté illusoire et transitoire de toute chose.


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