(Lavandula officinalis, ou Lavandula vera; Angl: lavender; All: lavendel, narde;
Ital: lavanda, Esp: espliego; Arabe marocain: khzama ; Arabe: khzama helhal)

La lavande est une labiée, très répandue dans les zones rupestres arides, dans les terrains calcaires et ensoleillés, près de la mer, sur les douces collines de la Provence et de l'Italie. Elle se présente en petit buisson en touffes ligneuses aux tges grêles et carrées, très ramifiées, de 30 à 70 cm de haut, tant à l'état sauvage que dans les jardins ou en vastes champs cultivés. Elle a des feuilles gris-vert, pointues, longues et très odorantes, et ses fleurs bleu violacé ont une petite corolle et sont groupées en épis très parfumés que butinent les abeilles avec gourmandise.

Il y a de nombreuses variétés de lavande, mais la lavande officinale ou vera et la Lavandula augustifolia sont les plus connues, les plus utilisées et les plus appréciées pour la qualité de leurs essences et leurs propriétés médicinales.

Il y a une variété rustique de lavande, de plus haute taille avec des feuilles plus grandes, plus larges, à l'odeur camphrée, il s'agit de la lavande spic ou aspic (Lavandula spica ou latifolia) appelée aussi grande lavande, lavande mâle ou faux nard. C'est un hybride de moindre qualité mais de meilleur rendement. Elle a une odeur plus forte que la lavande commune, fleurit un mois plus tard que les autres. Elle remonte plus au nord à des altitudes ne dépassant pas 1000 mètres, alors que la lavande officinale se plaît surtout entre 900 et 1600 mètres. Les parfumeurs, les fabricants de savon s'en servent, ainsi que les vétérinaires pour soigner la maladie du sabot des chevaux.

La lavande stoechas au parfum soutenu, entêtant, aux fleurs pourpres, pousse sur des terrains siliceux. Elle a donné son nom au sirop de stoechas composé, dit aussi sirop de Fernel, sudorifique, tonique,excitant.

Enfin le lavandin, au parfum intense, un peu étourdissant est un hybride stérile de la lavande officinale et de l'aspic. On le cultive et on le récolte de façon mécanisée sur une grande échelle dans le sud de la France. C'est lui qui approvisionne les lessiviers et les parfumeurs.


[HAUT DE LA PAGE]





Les Grecs et les Romains l'utilisaient pour éloigner les mouches et les moustiques en frottant des fleurs fraîches sur leur peau, pour parfumer leur bains, et leur lessive. Ce sont eux qui lui ont donné son nom qui vient de lavare qui signifie " laver " et " purifier ". Il est certain que la lavande évoque pour nous le Midi mais aussi la fraîcheur et la douceur et des piles de linge tout propre sagement rangées dans nos armoires.

Antiseptique, antispasmodique, carminative, diurétique, cicatrisante, elle s'utilise depuis des siècles aussi bien en infusion et décoction qu'en applications externes sous forme de lotions pour peaux délicates et lotions antiseptiques de l'acné, de cataplasmes, de compresses sur les contusions ou coupures, sur les piqûres et morsures d'insectes, ou sous forme d'injections vaginales pour les leucorrhées, ou encore en fumigations comme désinfectant des bronches, en infusions pour donner un sommeil réparateur.

Au Moyen âge, le sol des chateaux était jonché de lavande et de thym dès qu'il y avait alerte au typhus. Sainte Hildegarde de Bingen qui dans ses nombreux écrits insiste toujours sur l'accord entre ce que la nature apporte d'harmonieux et le bienfait qui en résulte pour l'homme conseille de simplement respirer le parfum de la lavande qui contribue à donner " une connaissance pure et un esprit pur. " Elle recommande de boire de la lavande en décoction dans du vin _ " du bon vin de préférence _ ou si ce n'est pas possible dans de l'eau avec du miel et de boire tiède cette boisson qui " apaise les douleurs du foie et du poumon. " C'est à Saint Hildegarde que l'on attribue au 12e siècle l'eau de lavande. Elle développa également la distillation du girofle, du souchet odorant et des graines de paradis. Elle ne se contenta pas de résumer des connaissances anciennes et mit en lumière pour la première fois les propriétés de certaines plantes comme la piloselle et l'arnica dans ses traités connus sous le nom de Physica.

Charles V fit planter de la lavande et du romarin dans son jardin de l'hôtel Saint Paul à Paris pour y faire distiller des eaux de senteur.

Jadis on frottait de lavande le bois des têtes de lit de façon à éloigner les punaises. Les peintres de la Renaissance se servaient de l'aspic comme diluant.

En 1770, le tout-Londres se ruait dans la boutique de William Yardley pour y acheter des savons raffinées. Son fils Charles, deuxième du nom, créa la célèbre lavande anglaise Yardley, l'English Lavender Cologne dont s'enticha l'aristocratie anglaise. Elle est à base de lavande anglaise considérée comme la plus fine au monde, soutenue de patchouli et de rose de Hongrie, réchauffée d'une pointe de bergamote. Dès la fin du 19e siècle, la gamme s'élargit à des savons, des poudres, des parfums, des alcools, puis des sels de bain, des talcs, des brillantines. Des filiales ont ouvertes aux États-Unis, au Canada et en Australie entre 1910 et 1923. Fabriquée en France depuis 1924 dans une boutique de Courbevoie, elle est aujourd'hui diffusée dans plus de 140 pays, où elle rencontre le même succès aussi bien auprès des hommes que des femmes.
[HAUT DE LA PAGE]





Selon une tradition kabyle, les femmes qui redoutent d'être battues par leurs maris, en portent dans leurs vêtements et l'invoquent en disant: " Salut, ô lavande! Les hommes, ces chiens t'ont nommée Lavande; moi je t'appelle le caïd vizir. C'est toi que j'aime. Fais que mon mari ne me batte pas, ne puisse rien sur moi, qu'il ne puisse même plus m'approcher ou me toucher, le fils et petit-fils de pourceau! "

Pour calmer ses migraines et dormir d'un sommeil profond et réparateur, la tradition recommande de placer un sachet de lavande sous son oreiller.


[HAUT DE LA PAGE]





Feuilles et fleurs:
Pour la cuisine utilisez de la lavande sauvage ou du jardin. Attention, celle qui est contenue en sachet pour parfumer les armoires a souvent reçu des pesticides. Les feuilles amères sont utilisées dans des recettes provençales. Les fleurs servent à faire des confitures, du vinaigre à la lavande et en petite quantité aromatisent des ragoûts.

Les fleurs sont utilisées pour faire des pots-pourris, des coussins d'herbes et des sachets à linge à mettre dans les armoires, dans les penderies et les tiroirs. On utilise uniquement les fleurs, récoltées à peine ouvertes, dans la soirée de préférence, puis séchées en plein air, mais à l'abri du soleil, pour faire des tisanes.

Les fleurs séchées gardent très longtemps leur parfum pour peu qu'on les place dans un bocal fermé hermétiquement.

Huile essentielle:
Le parfum puissant et enivrant de la lavande lui vient des éthers et des alcools qu'elle contient (coumarine, géraniol, linalol, cinéol, caryophyllène, acétate de lavandulyl et de linalyn...). L'huile essentielle est obtenue par distillation à la vapeur d'eau. Sachez qu'environ 200 kilos de fleurs seront nécessaires pour recueillir 6 litres d'huile essentielle.

L'huile essentielle entre dans la composition de nombreux remèdes aromathérapiques, et est très utilisée par les parfumeurs et les lessiviers

Astuce:
  • Si vous voulez rafraîchir l'air, écarter les odeurs de cuisine ou chasser les insectes, versez dans un vaporisateur 2 gouttes d'huile essentielle bien mélangée à 100 ml d'eau bouillie que vous aurez laisser refroidir.

[HAUT DE LA PAGE]





Europe:
On peut utiliser les feuilles dont le goût amer et soutenu est proche du romarin, comme du romarin pour faire des grillades au feu de bois. Les feuilles et les fleurs, dosées avec doigté, peuvent aromatiser le gibier. A doses modérées les fleurs fraîches de la lavande peuvent apporter leur saveur à de l'agneau rôti, des ragoûts, des soupes de poisson, ou à un court-bouillon, et même à un beurre composé, une marinade de grillade ou une vinaigrette. Les sommités fleuries, séchées et réduites en poudre de la lavande entrent dans la composition de certains mélanges d'herbe de Provence qui parfument ragoûts, potages, grillades au barbecue.

Cristallisées avec du sucre, comme les violettes, ou confites, les fleurs peuvent garnir des gâteaux, glaces et autres friandises. Infusées dans du vin blanc, elles peuvent servir à faire des glaces ou des gelées au parfum délicat.

Astuces:
  • Vous pouvez faire un vinaigre aromatisé à la lavande très agréable en faisant macérer des fleurs fraîches pendant une dizaine de jours avant de filtrer le vinaigre.
  • Vous pouvez également vous préparer du sucre parfumé à la lavande que vous utiliserez pour parfumer des salades de fruits ou des compotes, une crème anglaise, ou une crème pâtissière ou encore votre thé. Vous pourrez le saupoudrer sur des yaourts, du fromage blanc, du pamplemousse... Il suffit de mettre dans un bocal qui ferme hermétiquement des couches alternées de sucre en poudre et de fleurs de lavande. Au bout de deux semaines, passez le sucre au tamis.

Afrique du Nord:
La lavande entre dans la composition du ras-el-hanout. En Algérie, le couscous de printemps de poulet aux petits navets ou keskou bedjedj, considéré comme fortifiant et prophylactique, est cuit avec de la lavande sauvage qui colore le grain en brun et lui donne un goût amer.


[HAUT DE LA PAGE]





Infusion:
L'effet varie selon le dosage. Ainsi une infusion légère est sédative et efficace contre les maux de tête, la nervosité, les vertiges et les troubles digestifs, les insomnies. Plus forte, elle est tonique et recommandée pour faire tomber la fièvre. En usage externe, elle sert au nettoyage des petites plaies après lavage abondant à l'eau et au savon et élimination des souillures. En inhalation, elle apporte un soulagement temporaire des maux de gorge et enrouements passagers. En gargarisme, elle contribue à l'hygiène buccale au niveau de la bouche et de la gorge.

Huile essentielle:
Elle possède un parfum intense avec une note de coeur. Elle est sédative du système nerveux, antalgique. Elle est antiseptique urinaire et diurétique. Au niveau de la peau elle est bactéricide et facilite la cicatrisation. et sédative. En usage externe, on peut l'appliquer comme soin de première urgence sur des plaies de toutes natures et sur les piqûres d'insectes et brûlures bégnines. Elle est employée pour traiter eczéma et acné. En massage, elle soulage les douleurs rhumatismales et musculaires. L'aromathérapie l'utilise également dans le traitement de la cellulite.

En cosmétique, elle nettoie très bien les peaux grasses et acnéiques et évite la formation de boutons.

En usage interne elle est prescrite en cas de mélancolie, neurasthénie, migraines, insomnies, en cas de cystites et leucorrhées, en prévention des maladies infectieuses.


[HAUT DE LA PAGE]





On nous répète à l'envie que ce sont les médecins arabes du 8e siècle qui ont mis au point l'alambic de cuivre " à tête de maure ", que c'est Avicenne médecin perse du 10e siècle qui découvrit comment distiller les essences d'herbes et de fleurs comme la rose, et que ce sont les moines de la fin du Moyen Age qui firent les premières eaux de vie. Certes l'invention du serpentin de refroidissement par Avicenne fut un énorme progrès pour la distillation des fleurs. Mais gardons nous de passer sous silence les instruments du troisième millénaire avant J.C. retrouvés dans la vallée de l'Indus à Mohenjo Daro, ceux d'Israël du temps des Rois, ceux de Gaule et d'Italie datant d'à partir du 1er siècle de notre ère. Gardons nous d'oublier " l'ambix " précurseur de l'alambic, les textes sanscrits de l'Ayur-Veda du premier millénaire avant J.C., le Grand Herbier chinois de Shen Nong du 2e av. J-C., les expériences d'Aristote sur l'évaporation, les textes de Dioscoride ou de Marie la Juive sur la distillation.

L'Extrême-Orient, le Proche-Orient, et en particulier l'Egypte, l'Inde et la Chine avaient déjà des millénaires d'expérience en matières d'épices, aromates, essences et huiles parfumées jouant un rôle religieux, médical, alimentaire, et érotique.

Les huiles essentielles sont les substances volatiles et odorantes des plantes, extraites principalement par distillation ou par expression. Elles sont extraites aujourd'hui selon des procédés industriels, et Grasse en est toujours un centre réputé dans le monde entier. Il faut plus de 100 kg de pétales de roses pour obtenir 25 ml d'huile essentielle. Il faut environ une tonne de menthe fraîche pour obtenir deux kilos d'essence. L'essence de jasmin ou de rose est 150 fois plus chère que celle de camphre ou d'eucalyptus.

Les huiles se trouvent dans des cellules microscopiques situées dans différentes parties des plantes: les feuilles pour les Labiées comme le basilic ou la sauge, les fleurs pour la rose ou la lavande, les boutons floraux pour le girofle, le rhizome pour le gingembre, l'écorce pour la cannelle, les graines pour la coriandre, le bois pour le santal, la résine pour l'encens... Ces huiles ont pour les plantes une action protectrice anti-microbienne et fonctionnent comme des régulateurs thermiques. Les huiles essentielles ont un large champ d'application dans l'agro-alimentaire, l'industrie des cosmétiques et en médecine, y compris en médecines douces, notamment en phytothérapie et en aromathérapie. D'autant que leur usage répété ne semble rien enlever à leur efficacité. Beaucoup d'indications de l'aromathérapie recoupent le savoir des médecines traditionnelles, mais les psychiatres et les psychologues travaillent également sur l'influence que les odeurs ont sur notre comportement. Les enjeux économiques sont énormes. De très gros groupes industriels chimiques ou pharmaceutiques financent des recherches universitaires sur l'influence des arômes sur le comportement. Ainsi on s'est aperçu que les parfums de la valériane et de la muscade diminuent le stress, et que la lavande est tonique, qu'elle secoue le métabolisme et qu'elle accentue la vitalité même chez ceux qui n'en aiment pas le parfum, autrement dit qu'elle incite au travail et c'est la raison pour laquelle elle est diffusée dans les bureaux ou ateliers dans certains pays. Le rendement d'une dactylo et son efficacité en sont renforcés.

Inutile de dire l'intérêt que les publicitaires portent à ce type de recherches. Ils ne sont pas en reste, et savent exploiter notre odorat pour nous inciter à acheter. Mais ils ne font que redécouvrir ce que nos ancêtres savaient depuis longtemps. L'odeur a un effet puissant sur le corps et sur l'esprit, elle établit la relation la plus directe avec les principaux centres moteurs du cerveau.

Il y a bien longtemps que les hommes savaient que l'odeur peut changer l'humeur, ramener des souvenirs, soigner des maladies, provoquer le désir, susciter l'ivresse, améliorer la qualité de la vie, provoquer la liesse d'une foule.

Au début du siècle, un chimiste, René-Maurice Gattefossé, se brûla accidentellement les mains en travaillant à la parfumerie familiale et il stoppa un début de " gangrène gazeuse " en se rinçant les mains à l'essence de lavande. Dès lors, il étudia les effets des huiles essentielles sur les blessés de la Première guerre mondiale et découvrit que les huiles essentielles et notamment celle de lavande sont parfois supérieures aux antiseptiques chimiques. Il mit en lumière leurs propriétés antiseptiques, bactéricides, anti-inflammatoires et antivirales. Il est un des représentants de la nouvelle " aromathérapie " fondée dans les années 30, puis élevée au rang de médecine alternative par Jean Valnet au cours des années 60. Marguerite Maury, une biochimiste autrichienne s'inspira largement des travaux publiés par Jean Valnet pour introduire l'aromathérapie en Grande-Bretagne. Les adeptes de cette médecine douce partent du principe que les huiles essentielles provoquent à travers l'odorat des changements qui, s'ils sont bien orientés et ciblés, peuvent avoir un effet thérapeutique. Pour certaines maladies, le patient doit se soumettre régulièrement aux odeurs prescrites pour retrouver la santé. A l'occasion, les huiles essentielles sont aussi administrées en applications externes, par massages sur la peau, par bains ou par inhalations.

Déjà Théophraste expliquait qu'un cataplasme d'herbes aromatiques appliqué sur une jambe peut parfumer l'haleine car les principes odoriférants s'infiltrent à travers la peau jusque dans le système circulatoire et respiratoire. " Pourquoi inonder vos cheveux de parfums? le vent emporte les fugitives essences et les oiseaux seuls en profitent _ écrit Diogène. Moi je préfère me baigner les pieds dans les essences, dont les arômes, en montant m'enveloppent le corps. "

Des travaux plus récents ont confirmé que les huiles essentielles s'infiltrent dans le système circulatoire qui les véhicule dans tous les organes. L'ensemble du processus prend de 30 minutes à 12 heures. Faites-en vous-même l'expérience. Il suffit de vous frotter le pied avec une gousse d'ail, et de renifler votre haleine quelques heures plus tard. Chaque organe prélève au passage les éléments dont il a besoin. Le cerveau, les organes internes, la peau réagissent rapidement, favorablement ou non, à l'inhalation qui est un des moyens les plus efficaces d'introduire dans l'organisme des substances chimiques.



Aphrodisiaque:
Asphasie de Millet, égérie des philosophes et des poètes au siècle de Périclès prenait des bains de lavande avant de se parfumer au bakkaris, une essence assez violente à l'extrait d'iris et de rose dont on a perdu la formule exacte. A Rome, la mode des bains fut lancée par Poppée qui se faisait préparer des bains de lait d'ânesse, additionné de lavande et de mélisse. Ensuite, séchée avec un duvet de cygne, elle se faisait masser, puis frotter avec des onguents.

Les prostituées romaines s'enduisaient le corps d'huile de lavande.

La tradition populaire dit que porter sur soi un sachet de lavande attire les amoureux.

Casanova parfumait son papier à lettre à la lavande pour "  mettre en transe " les destinataires de ses billets doux. On sait que Mussolini s'en inondait pour séduire les femmes.

Par contre curieusement, associée au romarin, elle favoriserait la chasteté et au début du 16e siècle, Sainte Angèle de Mérici, fondatrice des Ursulines " prescrivait _ dit Scott Cunningham dans L'Encyclopédie des plantes magiques _ des jeûnes à la lavande et au romarin aux filles que les familles faisaient enfermer au couvent pour inconduite. "


[HAUT DE LA PAGE]