(Genres lotus et nelumbo; Angl: lotus. All: lotos, Hindi: padma)

Plusieurs Nymphéacées, le lotus rose, ou Nélumbo nucifera, le lotus blanc, ou nymphealotus, sont très appréciés des gastronomes asiatiques. Le lotus et une plante aquatique sui se développe à partir d'un rhizome traçant plus ou moins ramifié. En les sectionnant, on peut voir que ces rhizomes ont une chair blanche parsemé de trous comme du gruyère.

Les feuilles naissent sur les nodosités et s'élèvent jusqu'à 75 cm hors de l'eau. La fleur composée d'une vingtaine de pétales roses ou blancs qui domine est portée par un pédoncule qui dépasse les feuilles les plus hautes. Très grande, elle fait plus de 25 ou 30 cm, elle a une consistance dure et cireuse. Très odorante la journée vers midi quand elle est bien ouverte, elle est inodore le soir quand elle renferme entièrement sa corolle. Elle met quatre jours à s'épanouir, puis meurt et le fruit se forme petit à petit. Le terme nucifera est impropre puisque le lotus ne donne pas de noix, mais des fruits très bizarres, des cosses qui ressemblent à de petites toupies pleines de trous ou à des pommes d'arrosoir et qui contiennent dans leurs alvéoles des graines de la taille d'une noisette.

Les graines de lotus, farineuses, un peu douceâtres, ont un goût qui rappelle l'amande. Elles sont très nutritives, riches en glucides, protides, lipides, sucre, calcium, phosphate et fer.


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En Asie, comme en Egypte, le lotus est une plante sacrée depuis des temps immémoriaux. Les temples consacrés à Isis et Osiris ont des colonnes dont la base est un bouquet de feuilles de lotus. Du bouquet jaillit le fût surmonté d'un chapiteau en forme de fleur de lotus stylisée. Les stupas bouddhistes de d'Amaravati (3e siècle avant J.C) et de Sanchi (2e siècle avant J.C.) sont ornés de frises de fleurs et feuilles de lotus entrelacées et de médaillons de lotus rayonnants. Jusqu'à nos jours le lotus est un motif récurrent dans les temples hindous, jaïnistes et bouddhistes.

Le lotus est utilisable en toutes ses parties. Du point de vue nutritif, il est pour les Asiatiques, Indiens, Chinois, Japonais et jadis pour les Egyptiens un véritable don du ciel. Ses rhizomes, sa tige, ses feuilles, ses fruits et ses graines sont comestibles et de sa sève on fait du parfum ou de l'encens à l'odeur subtile. Les grandes feuilles servent d'assiettes.

Autrefois les Egyptiens récoltaient les fruits en pomme d'arrosoir et les laissaient pourrir, après quoi ils les lavaient dans le Nil, les faisaient sécher et faisaient du pain avec les graines. Héorodote et Théophraste parlent, tous deux, d' un pain préparé en Egypte avec de la farine de graines de lotus, qui ressemblaient aux grains de mil, pétrie avec du lait et de l'eau. Pline L'Ancien en fait également mention et ajoute que mangé chaud, ce pain de lotus était digeste et léger. Selon Théophraste, ils faisaient griller ou bouillir les racines de lotus et en faisaient un mets délicieux appelé korsion.

A Thèbes dans la tombe de Neferreper, une peinture montre des femmes ayant placé sur leur tête des cônes de cire parfumée qui fondent pendant le cours de la soirée exhalant une agréable odeur. Elles assistent à un dîner aux alentours de 2500 avant notre ère, et elles tiennent à la main des fleurs de lotus qu'elles peuvent délicatement humer.

En Inde, et tout particulièrement au Cachemire sur le lac Dal à l'automne on récolte sous l'eau de jeunes feuilles non encore développées qui forment des turions appelés nadrou que l'on mange comme des asperges.


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Si manger des graines n'est pas bon pour la procréation, par contre rêver de recevoir un bouquet de fleurs de lotus est un excellent présage. On peut se prendre à espérer avoir une nombreuse descendance.

La rigidité de la tige évoque la fermeté, la luxuriance de la plante l'abondance, les nombreuses graines une postérité nombreuse, deux fleurs poussant sur la même tige, l'harmonie conjugale.

Le lotus est protecteur et bénéfique. Respirer profondément son parfum est suffisant pour vous faire profiter de ces vertus. Dans l'Ancien Japon, on fabriquait beaucoup de parfums et d'encens à partir de la sève du lotus mais aussi des encens qui en imitaient le parfum.

Porter du lotus sur soi, quelque soit la partie de la plante, attire la chance. Si vous avez tendance à perdre vos clefs, avant d'appeler le serrurier, peut-être pourriez vous suivre le conseil que Scott Cunningham rapporte dans L'Encyclopédie des herbes magiques : " placez une racine de lotus sous votre langue, et faisant face à une porte verrouillée, lancez ces mots: SIGN ARGIS ! la porte s'ouvrira miraculeusement. "


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" Pousses de lotus ":
Ce sont en fait des rhizomes, les renkon en japonais, qui sont généralement vendus en conserve, souvent sous leur nom japonais. Si vous en trouvez des "pousses de lotus" fraîches dans une épicerie asiatique, sachez que ces racines rougeâtres se conservent 3 semaines au réfrigérateur. La plupart du temps on les vend séchées. Dans ce cas elles doivent tremper dans l'eau une nuit avant emploi.

Farine de lotus :
Parfois les rhizomes sont moulus et servent à faire une farine très fine appelée fen en chinois qui sert comme l'arrow-root à épaissir les sauces. Additionnée à de l'eau bouillante légèrement sucrée, elle forme une gelée épaisse et translucide, plutôt collante mais aux parfums subtils. On l'enrichit de fruits secs et de graines de sésame, et elle est à la base d'une foule de desserts.

Graines de lotus :
Vous trouverez des graines au goût d'amande, séchées ou en conserve, au sirop ou confites.

Industrie:
Les étamines séchées sont utilisées dans la confection de cosmétiques ou de produits astringents pour les soins de la peau. Feuilles, tiges, calices, pistils, pétales, plantules et racines, tout rentre dans la composition de nombreux médicaments.


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Asie:
Cette racine présente autant d'intérêt pour sa texture que pour sa saveur. Ces rhizomes ont une chair ferme et croquante qui va très bien dans les plats vinaigrés du Japon où on les utilise volontiers en garniture, découpés en fines rondelles perforées comme du gruyère.

Les Chinois les mangent crus en salade assaisonnée d'une sauce aigre-douce, les mettent dans la soupe, en accompagnent les viandes, le riz, les farcissent de viande hachée et d'oignon avec du gingembre et du vin jaune, ou les confisent.

Les Thaïlandais les font cuire sous la cendre et les Indonésiens les apprécient également ainsi que les feuilles qu'ils farcissent de riz et de crevettes.

Partout en Asie les feuilles, trempées dans de l'eau bouillante pour les assouplir, servent à envelopper et aromatiser d'autres mets, du riz, de la viande, etc. Un peu comme les feuilles de vigne en Grèce ou au Moyen-Orient. C'est le cas par exemple du " poulet mendiant ", spécialité de la province chinoise du Jiangsu, ou du nuomiji. Ce dernier consiste en riz glutineux mélangé à de la graisse de porc, du sel et de la poudre de cinq-épices et farci de porc, de crevettes, de champignons parfumés, le tout enrichi de sauce de soja, de vin de Shaoxing, de sel, de poivre, de sucre, puis lié à la fécule. Le riz et sa farce sont cuits à la vapeur, enveloppés dans une feuille de lotus, pliée en petit paquet.

Les zongzi de Canton également à base de riz glutineux sont aussi enveloppées de feuilles de lotus qui leur donnent un goût spécifique, mais ils sont cuits à l'eau près de trois heures. De plus leur poids varie de cinquante à cinq cents grammes, ils sont de toutes les formes possibles, et de toutes les farces possibles. Les Cantonnais apprécient particulièrement le zongzi au jaune d'oeuf, farci de jaune d'oeuf salé, de petits morceaux de poulet, de porc fumé, de champignons séchés et de graisse de porc.

Les Asiatiques mangent les graines crues, bouillies, grillées, rôties ou confites. Les Japonais les croquent crues encore vertes, les Chinois les préfèrent grillées. Au Vietnam, pendant les fêtes du Têt, la coutume est d'offrir des graines confites aux parents et amis.

Les Vietnamiens en font un potage sucré et une marmelade appelée must sen. Les Chinois les utilisent dans les plats sucrés et les desserts. Les petits raffolent des graines de lotus confites ou au sirop. Mais ils en font aussi bouillir dans les soupes, en particulier les soupes sucrées que l'on sert en dernier service. Les Thaïlandais font beaucoup d'entremets et de desserts avec ces graines qu'ils appellent med bua.

Les fleurs de lotus que l'on trouve séchées en sachets parfument délicatement les plats en Chine, le thé à Java. Il faut les faire tremper dans de l'eau tiède pendant 15 minutes avant de les utiliser.


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Médecine chinoise :
La médecine chinoise considère qu'elles sont sédatives et soporifiques, propres à combattre la nervosité et l'insomnie. Il ne faut pas en absorber en trop grande quantité. Mais rassurez-vous, pour en avoir mangé, vous ne serez pas pour autant frappés d'amnésie comme les voyageurs de Homère au pays des Lotophages!

Elles seraient légèrement anaphrodisiaques comme la laitue et la fleur de nénuphar ou les jujubes.

Les Chinois considèrent que le lotus est une plante fortifiante et que son jus est bon pour lutter contre les hémorragies et les diarrhées.


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Egypte ancienne:
En Egypte où le lotus a complètement disparu des rives du Nil à cause de la sécheresse, il représentait l'émergence de l'univers surgissant des eaux primordiales, le démiurge et le soleil apparaissant sur sa corolle épanouie. La momie de Ramsès II était ceinte de fleurs de lotus rose.

A Thèbes dans la tombe de Neferrenper (environ 1250 av. J.C.), une peinture montre des femmes, avec sur la tête des cônes de cire parfumée qui fondaient pendant la soirée et coulaient sur leur perruque en exhalant une odeur agréable, assistant à un dîner. Elles tiennent des fleurs de lotus dans leurs mains et en hument de temps à autre le délicat parfum.

Religions asiatiques :
Pour les hindous comme pour les bouddhistes ou les jainïstes, le lotus est un symbole de pureté. Les racines du lotus plongent dans la vase, tandis que les fleurs somptueuses jaillissent immaculées au-dessus des eaux fangeuses.

Le dieu Vishnou endormi est étendu à la surface des eaux primordiales sur sa couche formée du serpent Eternité quand de son nombril, il fait émerger un lotus où est assis Brahma le Dieu de la création. Le lotus est un des attributs de Vishnou, et la déesse de la fortune et de la prospérité, Lakhshmi son épouse, est aussi appelée Padma, c'est-à-dire "  Lotus " et est représentée debout sur un lotus. Le bouton de lotus ressemble à un oeuf, l'oeuf cosmique, dont l'éclosion correspond au déploiement de toutes les possibilités contenues dans l'oeuf initial. Le lotus symbolise le plein développement des potentialités spirituelles d'un individu.

Dans la symbolique tantrique, sept lotus de forme et de couleur différente figurent les sept chakras, les sept centres subtils que doit remonter la Kundalini, l'énergie enroulée au bas de la colonne vertébrale du yogi. Le plus élevé est le lotus aux mille pétales au-dessus de la tête qui signifie la réalisation suprême.

Le Bouddha est assis sur un lotus à 8 pétales, correspondant aux 8 directions de l'espace, aux 8 rayons de la Roue de la Loi. Pour illustrer la nécessité d'un enseignement adapté à chacun, le Bouddha, compare les individus à des lotus à divers stades de développement. Certains en sont au stade de bourgeons s'efforçant de jaillir de la vase et de monter à la surface des eaux, d'autres des bourgeons encore non-éclos mais à l'air libre, et les derniers des fleurs pleinement épanouies.

Ce symbolisme est tellement ancré dans les consciences indiennes, qu'il n'est pas rare de voir dans les églises d'Inde du Sud, le Christ représenté debout sur un lotus.

Tous les partis politiques de L'Inde et chacun des candidats aux élections ont recours à un symbole pour que ceux parmi les électeurs qui sont analphabètes puissent les identifier, et à chaque élection, la commission électorale a bien du mal à départager tous ceux qui aspirent à être représentés par un lotus, tellement il est parlant. Le lotus est aujourd'hui le symbole du BJP, le parti nationaliste hindou.

Chine:
Ce symbolisme très riche s'est propagé depuis l'Inde dans toute l'Asie avec la diffusion de l'hindouisme et du bouddhisme. En Chine, le quatrième jour du sixième mois est la fête de la naissance des lotus. On se remémore ce que disent les soutras: " Le lotus a quatre vertus: l'odeur, la pureté, la souplesse et la beauté. Si le monde pouvait posséder ses quatre vertus, je pourrais me considérer comme un pur bienheureux. "

Les Chinois y voient l'image même de la réflexion pour les intellectuels, les artistes et les fonctionnaires. Mais ses feuilles symbolisent la rage, l'indignation et la détresse du monde.

Le lotus est beaucoup consommé lors des fêtes du Nouvel An qui sont des réunions familiales où l'on n'invite pas de convives extérieurs, mais aussi lors des mariages et des anniversaires, car son nom chinois lian est homophone de " lier " et de " aimer ". Le rhizome de lotus (lian ou en chinois) ne manque jamais à un banquet de mariage, car quand on le coupe, il dégage une sève abondante qui garde les morceaux collés entre eux. Il y est souvent servi avec du conferve (facai), sorte d'algue aux longs filaments qui évoque la fortune. On y voit l'idée d'un enchaînement ininterrompu, un symbole de l'union éternelle et de la fertilité du couple et du caractère inébranlable de la famille. On y sert aussi des graines de lotus (lian zi en chinois) dans l'espoir que le couple aura de nombreux enfants. Grains et fils se prononcent pareil, zi, et le lotus a beaucoup de graines. Lors des anniversaires, on sert à la fin du repas des petits pains cuits à la vapeur en forme de pêche, symbole de longévité, dont toute la surface est colorée en rouge. Ils sont farcis de crème de lotus. Cela signifie que la personne aura le plaisir de voir sa descendance se perpétuer pendant dix mille générations.



Aphrodisiaque :
Eh non! En Chine, au Japon, en Inde, comme jadis en Grèce antique, le lotus est symbole de pureté et les graines sont considérées légèrement antiaphrodisiaques. Dans la mythologie grecque, la chaste nymphe Lotus préféra se transformer en jujubier pour échapper aux ardeurs de Priape.

Dans de nombreux folklores, les graines triomphent des envoûtements amoureux.

Les graines de lotus ont la réputation d'être sédatives, soporifiques, de calmer les sens et diminuer les facultés de procréation. Les moines en mangent pour lutter contre les désirs des sens.

Notons au passage que chez nous, à la fin du Moyen âge, si les hommes étaient fous d'aphrodisiaques, ils réservaient à leurs femmes des produits destinés surtout à les garder chastes et leur faisaient subir des cures de 30 jours de suite où elles devaient prendre des décoctions de racines de nymphéa, de graines de laitue, de russule (champignon) et de rue ou encore des infusions de racines de nénuphar blanc, de chatons et feuilles de saule, de valériane, de douce-amère et de racines de houblon. Les seuls stimulants permis aux femmes étaient ceux qui favorisaient la lactation.

Et pourtant dans un tout autre registre, dans la littérature libertine chinoise, le lotus symbolise le sexe de la femme, et le titre de " Lotus d'or " était l'enjeu de sourdes rivalités entre les courtisanes.
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