(Majorana hortensis, Origanum majorana; Angl: marjoram; All: majoram; Ital: maggiorana,
Esp: amaraco, majorana; Polonais: majeranek; Arabe marocain: merdeddouche; Arabe: mardadûsh)

La marjolaine commune, originaire d'Orient, a une aire d'expansion naturelle qui va de l'Afrique à l'Inde. Même s'il lui arrive de s'échapper des jardins du Midi, elle n'existe chez nous qu'à l'état cultivé, contrairement à l'origan. Le midi de la France, la Tunisie, l'Egypte et la Hongrie sont aujourd'hui de gros producteurs. On la cultive jusqu'en Scandinavie.

Les nombreuses variétés de marjolaine et d'origan appartiennent à la famille des Labiées. Ce sont des espèces très proches mais distinctes, quoique souvent confondues, les unes cultivées, les autres sauvages. La confusion entre la marjolaine et son cousin indigène, l'origan, est fréquente et entretenue depuis des siècles par les noms de fantaisie dont a été affublée la marjolaine. Ainsi, on l'appelle parfois grand origan.

C'est une plante buissonnante à souche ligneuse, aux tiges rouges, qui atteint entre 30 et 60 cm de haut. Elle a de petites feuilles opposées ovales veloutées d'un vert grisâtre. Elle donne en été de minuscules fleurs tubulaires blanches, roses ou mauves, groupées en épis globuleux à l'extrémité des rameaux. Il en existe de nombreuses variétés, et parmi elles, la marjolaine italienne (Origanum onites) dont la cuisine du Midi fait grand usage. C'est la " marjolaine potagère ", " marjolaine cultivée " ou " marjolaine à coquilles " appelée ainsi en raison des bractées florales, semblables à des noeuds qui entourent les calices des fleurs. Elle atteint environ 30 cm de haut et elle a des feuilles ovales vert clair, des fleurs blanc rosé.


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La marjolaine était déjà connue dans l'Antiquité. En Egypte, elle était consacrée au dieu Osiris. Les médecins la conseillaient contre les migraines et les troubles d'origine nerveuse. Les Egyptiens appréciaient sept fleurs entre toutes: la marjolaine, le lotus, le lis, le narcisse, la rose, la violette blanche et l'éryphyllium. Ils mettaient des graines de marjolaine dans le vin pour le rendre plus capiteux et plus enivrant, ainsi que des graines de coriandre, de la menthe, du persil ou de la sauge.

La marjolaine appelée sambarou en macédonien, amarakon en grec, amaracus en latin, est une des quinze aromates antiques que l'on retrouve et que l'on vend toujours aujourd'hui, sous le nom de matzourana sur le marché aux herbes d'Héraklion en Crète.

D'après la légende, quand Amaracus fit tomber par maladresse un vase rempli de précieux parfums, il eut tellement peur de la colère du roi de Chypre, son maître, qu'il resta sans connaissance et se transforma en cette herbe odorante, l'amarakon des Grecs. Dans ce pays, la tradition antique de planter de la marjolaine sur les tombes pour assurer un séjour paisible et la félicité éternelle dans l'au-delà aux disparus se perpétuait encore il y a peu.

Dès le 13e siècle avant J.C, les parfumeurs " chypriotes ", parfumeurs par excellence, faisaient fortune en Crète et à Pylos, près de Mycène, en fabriquant et en exportant de l'huile de marjolaine à l'usage des dieux et des hommes. Dans une comédie écrite vers 375, Antiphane se moque allègrement d'une coquette. " Elle est vraiment au bain? Oui, mais encore? _ Elle a une burette dorée et elle se passe les pieds et les jambes au parfum d'Egypte, la gorge et les tétons au parfum phénicien, le bras gauche à la citronnelle, les sourcils et le cou à la marjolaine, la nuque et le genou au serpolet... " Si l'odeur dégagée par toutes ses senteurs mêlées ne suffisait pas à faire tomber raide le mari ou l'amant, la présentation de la note somptuaire du parfurmeur avait de quoi l'achever ! Les hommes n'étaient pas toujours indulgents et certains trouvaient que c'était un véritable fléau que d'avoir une femme qui passe sa journée au bain et à s'enduire d'onguents parfumés. Le moraliste Clément d' Alexandrie est outré quand il écrit: "Elles enfument leurs vêtements, leurs couvertures et leurs maisons et c'est tout juste si cette mollesse raffinée ne force pas les pots de chambre, eux aussi à dégager de bonnes odeurs". Plaute remarque que quand les fards et les parfums se mêlaient il exhalaient une "odeur de sauces différentes" et il ajoute: "On ne sait plus ce qu'elle sentent, on s'aperçoit qu'elles puent." Quant à Martial, il écrit que son chien "pourrait sentir aussi bon qu'elles". Et Juvénal de dénoncer les "maladies aromatiques" dus aux abus de parfum.

Dans l'Antiquité, la marjolaine était un emblème de l'amour, du bonheur et du bien être. La déesse Vénus allait cueillir de la marjolaine sur le mont Ida. Un médecin du 1er siècle, Hikèsios, conseille la marjolaine aux noceurs " Les parfums à la marjolaine et au serpolet conviennent à une beuverie, de même que le safran s'il n'y a pas trop de myrrhe avec lui. " En effet, pendant les banquets, on éveillait de temps en temps les sens des invités en leur présentant des vases d'huiles parfumées, des parfums secs et en poudre dont chacun usait à sa guise.

D'après Pline l'Ancien, les présidents des gymnases se devaient d'offrir de l'huile de marjolaine aux athlètes car elle avait la réputation d'être très tonique. Dioscoride la pensait originaire d'Asie mineure et de Chypre et la recommandait contre les fermentations acides de l'estomac, l'aérophagie, les spasmes intestinaux , les tics du visage, les troubles du foie d'origine nerveuse. Si les Romains appréciaient la marjolaine dans la cuisine, ils la destinaient tout autant, sinon plus, à la parfumerie, à l'aromathérapie, à la médecine et à la magie.

La marjolaine n'a commencé à être cultivée en France qu'au Moyen Age, sans doute importée de Palestine par les Croisés. Pour cacher les mauvaises odeurs et éviter la contagion, on répandait de la marjolaine et du romarin sur le sol des lieux publics, des églises et des tribunaux souvent surchargés et nauséabonds. Pour éviter d'être contaminé, on portait sur soi de petits bouquets d'herbes et épices.

On retrouve la marjolaine dans les fameux herbiers britanniques de John Gérard, surintendant de l'un des jardins d'un ministre de la reine Elisabeth, chirurgien, apothicaire et herboriste à la cour d'Elisabeth 1er et de Jacques 1er, auteur de Histoire générale des plantes publié en 1597 et de Nicolas Culpeper, fervent partisan de la Doctrine des Signatures et auteur du Complete Herbal de 1649. Tous deux vantaient son efficacité pour traiter les problèmes nerveux et gynécologiques. Ils estimaient qu'elle soulage les troubles respiratoires, stimule l'esprit, soulage les douleurs musculaires et articulaires. Au 17e siècle le médecin danois Simon Paulli lui a consacré un chapitre de son traité très exhaustif sur les plantes médicinales.


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La marjolaine avait la réputation d'être efficace contre le poison et les venins et Albert Le Grand en donne pour preuve que, quand une tortue s'empoisonne, elle " se guérit en mangeant de la marjolaine bâtarde " et que les fourmis décampent à l'approche de cette plante.

Enfants, nous avons tous fredonné la chanson " Qu'est-ce qui passe ici si tard compagnons de la marjolaine? " Elle évoque une bande de joyeux lurons, glissant un brin de marjolaine à leur chapeau ou dans le revers de leurs bottes, en guise de porte-bonheur, avant d'aller courir le guilledoux. Saviez-vous que " aller la nuit réveiller les pots de marjolaine ", était une expression courante qui voulait dire aller donner des sérénades sous les balcons de sa belle. Car il était alors très courant de faire pousser de la marjolaine en pots sur les rebords des fenêtres. Mais les femmes le faisaient-elles pour attirer ou au contraire pour faire reculer les séducteurs? Laissons les spécialistes du folklore se mettre d'accord !


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Feuilles:
Vous trouverez sans problème des feuilles fraîches ou séchées, à la saveur chaude et pénétrante, légèrement camphrée. Ayez la main légère dans votre dosage, car elles sont très aromatiques et riches en thymol, quoique d'un arôme plus suave que celui de l'origan. La marjolaine a la réputation de retarder le rancissement des matières grasses.

Astuce:
  • Des feuilles de marjolaines pulvérisées ou en décoction concentrée peuvent être mélangées aux produits d'entretien pour cirer les meubles.

Culture en ville :
La marjolaine peut être cultivée en pot à l'intérieur dans un endroit très ensoleillé par semis ou division des touffes au printemps. Il faut éclaircir ou transplanter à 10 cm et tailler à mi-hauteur avant l'hiver. Les feuilles peuvent être récoltées n'importe quand, mais si vous voulez les conserver et les faire sécher, cueillez-les avant la floraison.

Huile essentielle:
La marjolaine comprend de nombreux composants, terpinéol, eugénol, linalol, méthyl chavicol, et des terpènes pour n'en citer que quelques uns. Les huiles des diverses variétés de marjolaine et d'origan, obtenues par distillation des fleurs et des feuilles sont très appréciées des phytothérapeutes et aromathérapeutes notamment contre le rhume, la toux, la sinusite, les douleurs rhumatismales chroniques, les contractures musculaires, les règles douloureuses... Elles sont également utilisées dans l'agro-alimentaire, la parfumerie. L'huile essentielle de marjolaine entre dans la fabrication de cire pour les meubles.
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Europe:
Avant l'extension de la culture du houblon, elle servait dans le brassage de la bière. La marjolaine est utilisée, fraîche ou séchée, dans des soupes et sauces à la tomate, des marinades, des salades, des légumes, des ratatouilles qu'elle ensoleille, des beurres fondus pour poissons ou grillades, des daubes et ragoûts. Elle se marie bien avec la plupart des viandes et volailles, parfume certains plats de charcuterie, pains de viande, hachis, terrines et saucisses, farces pour le poulet, le lapin, le lièvre ou la pintade ou farces pour des légumes, notamment les tomates.

Elle fait partie des mélanges appelés " herbes de Provence ". En Italie on la retrouve dans la sauce bolognaise, le risotto ou les boulettes.

Nous l'associons volontiers à la cuisine méditerranéenne, mais son emploi est beaucoup plus large. Saviez-vous qu'avec l'aneth, c'est l'herbe préférée des Polonais? Ils l'utilisent abondamment dans la charcuterie, les viandes, les soupes, le potage à la betterave, le barszcs.


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Elle est apéritive, digestive, carminative, antiseptique et antifongique. Elle calme les spasmes nerveux, elle diminue la transpiration. D'après les phytothérapeutes Cadéac et Meunier et le Dr Leclerc? elle "freine l'anxiété et rassure le coeur."

Infusion:
Elle est bonne contre les insomnies, la nervosité, l'anxiété, les maux de tête.

Huile essentielle:
Très aromatique, elle a une saveur poivrée, piquante et une note de coeur. Elle est bactéricide, calmante car régulatrice du système nerveux, antispasmodique. En usage interne, elle est prescrite en cas de neurasthénie, anxiété, insomnie, instabilité, migraine, en cas de troubles respiratoires, toux, asthme, et en cas de troubles digestifs, aérophagie. En usage externe, elle est antalgique et employée en cas de crampes musculaires, douleurs rhumatismales, asthénies sous forme de frictions ou de massages. Quelques gouttes d'huile de marjolaine ou de lavande sur la taie d'oreiller favorisent le sommeil.

Attention
  • L'huile de marjolaine, fréquemment utilisée en très forte dilution pour les massages ne doit pas être administrée aux femmes enceintes.

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Emblème de l'amour chez les Grecs et les Romains, elle couronnait les jeunes mariés.

D'après Lucrèce, les hommes follement amoureux "couronnaient de fleurs odorantes le seuil de leur belle et parfumaient leurs portes avec des guirlandes de marjolaine."

Le jour de son mariage, la jeunes fiancée romaine était conduite chez son époux qui avait pris soin de faire enduire les piliers de sa porte des plus merveilleuses senteurs. Amour et parfum font bon ménage.

Il semble qu'en matières d'aphrodisiaques, certaines recettes laissent penser que plus la recette est compliquée et plus l'effet est assuré. Jugez-en en prenant connaissance de cette recette d'Albert le Grand " pour faire danser une fille en chemise ": " Prenez de la marjolaine sauvage, de la franche marjolaine, du thym sauvage, de la verveine, des feuilles de myrte, avec trois feuilles de noyer et trois petites souches de fenouil; tout cela sera cueilli la veille de la Saint-Jean, avant le soleil levé. Il faut les faire sécher à l'ombre, les mettre en poudre et les passer au tamis de soie et quand on veut exécuter de joli badinage, il faut souffler cette poudre en l'air dans l'endroit où est la fille, en sorte qu'elle puisse la respirer, ou lui en faire prendre en guise de tabac, et l'effet suivra de près. Un fameux auteur ajoute que l'effet sera encore plus infaillible si cette expérience gaillarde se fait dans un lieu où il y ait des lampes allumées avec de la graisse de lièvre ou de jeune bouc. "


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