(Poterium sanguisorbia ou sanguisorbia minor; Angl: burnet; All: pimpinelle;
Ital: salvastrella, bibinella; Esp: pimpinela)

La variété la plus appréciée est la petite pimprenelle que l'on coupe chaque mois pour avoir des feuilles jeunes et tendres. On l'appelle aussi petite sanguisorbe. La grande pimprenelle appelée sanguisorbe officinale est une variété proche. Originaire d'Europe, la petite pimprenelle est une plante vivace " la honte de sa famille, celle des Rosacées où depuis toujours on se fait dignement polliniser par les insectes " selon l'expression de Jean-Pierre Cuny, alors qu'elle est pollinisée par le vent. Très résistante bien que gracile, elle est répandue partout en Europe sauf dans l'extrême Nord. Elle pousse jusqu'à 2000 mètres d'altitude, et elle atteint 30 à 80 cm de haut.

Sa tige anguleuse porte de petites feuilles ovales, composées, dentelées, d'un vert tendre, comparées dans un herbier anglais de 1543 aux " ailes ouvertes de petits oiseaux, quand ils se préparent à d'envoler ". Ses petites fleurs, guère impressionnantes, et serrées en petits chignons, sont vertes du côté de l'ombre et s'empourprent vers le soleil. Elles ont des stigmates rouges comme des petites plumes pour les fleurs supérieures femelles et des étamines jaunes pour les fleurs inférieures mâles.

Jean-Marie Pelt dans Mes plus belles histoires de plantes " en donne une description décoiffante: " Toute proche de la petite pimpenelle, la grande pimprenelle, la grande pimprenelle est restée fidèle à la tradition familiale. Seule sa petite soeur s'en est écartée, et elle a pris toutes mesures adéquates pour ce faire: les filets de ses étamines, très fins et très longs, pendent longuement hors de ses fleurs et frissonnent au moindre souffle. On croirait pour un peu qu'elle s'est laissée pousser les cheveux à la manière d'une hyppie, style totalement étranger aux Rosacées dont les étamines dressées et raides ont presque l'air d'être coiffées en brosse _ regardez donc celles d'un cerisier ou d'un prunier! Elle méprise de même la somptueuse parure de ses consoeurs et abandonne purement et simplement sa corolle, et sa production de nectar, visiblement indifférente à tout ce qui pourrait contribuer à séduire un insecte. Au négligé capillaire s'ajoute donc un désolant négligé vestimentaire fort peu de mise dans l'aristocratique famille des Rosacées. Imaginez une rose sans pétales... Mais notre petite pimprenelle ne ménage aucun effort pour que le transport de son pollen par le vent soit efficace; aussi la voit-on doter ses fleurs femelles d'un joli plumeau, antenne captatrice en forme d'attrape-poussière de pollen, ce qui représente un progrès technique et innovant chez une famille où nul n'a jamais eu le souci d'être " dans le vent ". "

La pimprenelle pousse dans les haies et les pâturages où elle sert de fourrage, elle communique une saveur agréable au lait de vache et de brebis. Elle permet d'accroître la quantité de lait et d'améliorer la qualité du beurre. Elle est souvent cultivée en bordure dans les jardins potagers.


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Depuis l'Antiquité, elle est commune comme aromate et pour ses propriétés digestives, diurétiques et hémostatiques. D'après la théorie des Signatures, la couleur pourpre des fleurs était un signe de son action sur les épanchements de sang. On a remarqué qu'elle arrête le saignement des plaies, et toutes sortes d'écoulements, saignement digestif, pulmonaire, génital, rénal, mais aussi diarrhée et leucorrhée, et qu'elle favorise la cicatrisation en cas d'hémorroïdes, de crachements de sang, d'hématurie. La chimie moderne a montré que son action hémostatique et vulnéraire est due à la présence d'un tanin.

Par ailleurs, on la recommandait aussi pour augmenter la lactation chez les nourrices.

Son nom grec " poterion " signifie " coupe pour boire ", ce qui lui convient bien puisqu'on l'ajoute encore aujourd'hui à du vin blanc ou à des jus de fruits. Nos ancêtres, eux, préféraient en mettre dans du vin rouge qu'ils jugeaient plus tonique pour " ranimer l'esprit et chasser la mélancolie ".

Elle est également connue depuis des lustres comme fourniture à salades, très courante chez nos ancêtres. Autrefois elle portait le nom de pimpinella, de piper, poivre, en raison de son rôle condimentaire. Un vieux dicton proclame que " ...les salades n'auront ni goût ni saveur, si la pimprenelle n'est pas des leurs ". Et selon un vieil adage, elle donne " appétit et volupté " à qui en consomme régulièrement.

Jusqu'au 18e siècle le mot salade réunissait une quantité d'herbes et de légumes. Ronsard dans une ode dédiée à Amadis Jamyn écrit:

Tu t'en iras, Jamyn, d'une autre part
Chercher soigneux la boursette touffue,
La pasquerette à la feuille menue
La pimprenelle heureuse pour le sang
Et pour la rate et pour le mal de flanc.....
Nous laverons nos herbes à main pleine
Au cours sacré de ma belle fontaine;
L'arroserons de vinaigre rosart,
L'engraisserons de l'huile de Provence...

A l'époque de Louis XIV, hormis pour les potages, les légumes les plus appréciés étaient ceux qui fondaient dans la bouche comme les asperges et les fonds d'artichaut ou ceux qui avaient une saveur prononcée comme la pimprenelle, l'oseille, la chicorée, la roquette, le chou ou le navet... Les salades étaient beaucoup plus assaisonnées qu'aujourd'hui et on faisait un emploi beaucoup plus généreux des " herbes à fourniture ", telles que pimprenelle, estragon, basilic, fenouil ou autres.

En 1667, Dufour parle d'une espèce de mesclun en termes poétiques:

 " Herbes agréables à l'oeil,
Délicatesse bien sucrée
De ciboulette et de cerfeuil
De pimprenelle et de chicorée."

La pimprenelle était communément plantée en Angleterre dans les jardins à l'époque Tudor, et les premiers colons en emmenèrent dans leurs bagages en passant dans le Nouveau Monde.

Jadis les jeunes femmes utilisaient la pimprenelle pour avoir un joli teint et adoucir leur peau. "  Plus tu te frotteras avec de la pimprenelle, plus tu sera belle " disait-on dans le Doubs.

On dit que Napoléon en mangeait dans sa salade de haricots quotidienne.
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La pimprenelle est particulièrement appréciée en Hongrie. Selon la légende, le fils d'Attila, Csaba aurait ressuscité ses soldats tués au combat avec de la pimprenelle, c'est pourquoi on l'appelle là-bas "baume de Csaba".

Au Moyen Age, il était recommandé de boire neuf jours durant une infusion de feuilles de pimprenelle dans du lait pour guérir de la rage, des morsures de serpents et de bêtes venimeuses. Portée autour du cou la pimprenelle était censée protéger des sorciers.


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Feuilles:
Les feuilles contiennent du tanin, des substances soufrées, et ont une saveur très particulière, un peu piquante, un peu poivrée, avec un goût de concombre légèrement salé. Elles peuvent être séchées ou congelées. Il est préférable de les utiliser fraîches ou surgelées que séchées.

Astuce:
  • Vous renforcerez leur parfum en les trempant quelques instants dans du jus de citron ou de l'eau vinaigrée.

Facile à trouver dans les haies et les pâturages, la pimprenelle est par contre difficile à se procurer chez les marchands de quatre-saisons, quoique, toujours appréciée en Italie et en Suisse et dans certaines régions de France. Elle est parfois proposée dans des bouquets composés de différentes feuilles de salades vertes. Vous la trouverez de toute façon chez les grainetiers et les pépiniéristes.
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Occident:
Les feuilles très jeunes et tendres, éparpillées sur les salades vertes, laitue, pourpier, mesclun ou les salades de légumes crus, tomates ou concombres, les relèveront agréablement, mais usez-en avec discrétion car beaucoup leur trouvent un goût un peu amer.

Hachées, elles aromatisent garnitures, mayonnaises, beurres d'herbes, fromage frais, fromages blancs aux herbes, potages verts ou sauce ravigote. Leur saveur fraîche fait merveille avec les soupes d'été et les marinades.

Elles peuvent être associées à d'autres herbes comme le romarin ou l'estragon ou à des mélanges de fines herbes pour relever une omelette ou des oeufs brouillés, une marinade, des sauces vertes. Pour les poissons de rivière, vous pouvez essayer une sauce au beurre où elle sera à part égale avec de la menthe.

La pimprenelle aromatise également du vinaigre, des punchs, ou des boissons rafraîchissantes.


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En cas de brûlure légère ou de plaies superficielles, petites écorchures, des feuilles crues froissées entre vos doigts calmeront la douleur, et accéléreront la guérison, car elle est astringente, vulnéraire et hémostatique. Les cataplasmes de feuilles fraîches contuses soulagent les hémorroïdes.

Infusion:
L'infusion de feuilles de pimprenelle est diurétique et excellente pour le tube digestif. Elle est recommandée en cas de ballonnements. Elle est conseillée pour traiter les troubles liés à la ménopause, tels que l'irrégularité des règles, les hémorragies, les troubles vasculaires.

Les Allemands utilisent la racine de goût amer comme dépuratif.

Beauté:
De la pimprenelle dans l'eau du bain, vous aidera à adoucir ou à raffermir votre peau.
Vous pouvez utiliser une infusion de feuilles de pimprenelle en lotion contre les coups de soleil.
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