(Crocus sativus; Angl: saffron; Polonais: szafran; Hindi: kesar; Arabe: zahfaran; Arabe marocain: zaafran; Turc: safran)

Originaire d'Asie mineure, le safran est une plante à bulbe à feuilles vertes linéaires de la famille des Iridacées, très proche du crocus. On n'utilise qu'une toute petite partie de la fleur violette, les stigmates rouge orangé qui prolongent le pistil, destinés à recevoir le pollen. Le style jaune clair, entouré d'étamines saupoudrées de pollen, s'élargit en 3 stigmates rouge orangé, élargis en cornets, dentelés au sommet, aussi longs que le sont les pétales.

Le safran, la " reine des épices " dit-on souvent, est la plus chère de toutes les épices, dix fois plus que la vanille, cinquante fois plus que la cardamome. En effet, il faut de 100 000 à 150 000 fleurs cueillies à la main aux premières heures du matin à l'automne pour obtenir un kilo de safran. 5 kilos de stigmates frais se réduisent à 1 kilo de stigmates après séchage.


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Le safran est cultivé depuis 3500 ans en Asie Mineure. Le mot grec krokos a été emprunté dès avant Homère et probablement par les Mycéniens au 14e siècle avant J.C au monde sémitique par l'intermédiaire des parfumeurs phéniciens de Chypre. Les fresques polychromes du palais de Cnossos en Crète montrent un cueilleur de safran absorbé dans sa tâche.

Safran se dit en hébreu karkom, en akkadien kurkanu, deux noms probablement empruntés à l'une des langues pré-indoeuropéennes de l'actuel Kurdistan. Le nom latin crocus a été délaissé sous l'influence des botanistes et médecins arabes d'Andalousie au 8e siècle de notre ère, au profit du nom d'al zahafaran qui a donné açafran en castillan, safran en français et allemand, saffron en anglais, zafferano en italien...

Le Cantique des Cantiques, attribué à Salomon, un millénaire avant notre ère, mélopée qui se chantait en coeur alternés aux noces des Hébreux, dit: " c'est un jardin clos que ma soeur, ma fiancée, une fontaine scellée; un parc de plaisance où poussent les grenadiers et tous les beaux fruits... le safran, la cannelle et le cinname, avec tous les bois odorants, la myrrhe, l'aloès et toutes les essences aromatiques... "

Les Babyloniens, les Phrygiens, les Crétois utilisaient le safran pour teindre des vêtements en laine, soie et coton en jaune. L'empereur de la Perse sassanide portait un manteau jaune safran et tous les documents officiels étaient teints de la même façon. A Sidon, les voiles des jeunes mariées étaient teints au safran. Il faut dire que les stigmates ont un très fort pouvoir colorant, et qu'une partie de safran suffit à colorer en jaune 100 000 fois son volume d'eau grâce à la crocine ou crocoside et aux caroténoïdes qu'il contient.

Au 5e siècle avant notre ère, le safran est cité dans des textes du Cachemire. Les robes des moines bouddhistes sont toujours teintées au safran, couleur de sagesse et de renoncement.

Dans le monde antique, le safran était utilisé comme parfum au cours des funérailles, assaisonnement dans la cuisine, colorant dans la teinturerie, comme aphrodisiaque dans les boissons, et comme médicament dans une bonne douzaine d'affections. Le safran entrait dans la composition du kyphi, pour faire des fumigations dans les temples égyptiens, comme en témoignent le papyrus Ebers du 16e avant notre ère et les hiéroglyphes du temple d'Edfou datés du règne de Ptolémée VII deux siècles avant notre ère. Mais mélangé à du vin, le kyphi servait de remède pour les affections pulmonaires, hépatiques, intestinales et pour apaiser les organes féminins douloureux, aux médecins égyptiens comme à leurs collègues gréco-romains, comme en témoignent Dioscoride, Plutarque et Galien. Mélangé à du miel, il servait à se purifier la bouche. On l'employait même pour parfumer les armoires. Selon Dioscoride il comprenait 11 substances et d'après Galien et Plutaque 16, mais quelque soit le cas le safran en faisait partie.

Disocoride et Pline conseillaient le safran pour provoquer l'urine, calmer la toux et "exciter à l'amour".

L'auteur anonyme du Périple de la Mer Erythrée et Dioscoride signalent que le safran faisait l'objet d'un important commerce international en tant qu'épice, teinture, médicament. Strabon prétend qu'à l'époque, la meilleure qualité était importée de Silicie.

Chez les belles romaines les onguents à la mode était le crocinus au safran, le rhodion à la rose, le metopium aux amandes amères et le melinum au coing. Le professeur G.Donato de l'Institut pour les technologies appliquées aux biens culturels a pu reconstituer dans ses laboratoires les procédés utilisés par ses ancêtres romains: enfleurage, macération dans de l'huile (d'olives récoltées en août, car elles sont plus fines et légères), pressurage. Il a pu reconstituer l'onguent royal à base de safran, d'épices et de fleurs, l'onguent de Rhodes à base de roses de fleurs, de miel et de vin et l'onguent à la myrte et au laurier enrichi de casse et de cinnamome. Les femmes aisées avant le bain employaient un gratte-langue en métal pour purifier leur haleine et se gargarisaient à l'eau aromatique de safran ou de rose.

Dans l'empire romain, la seule et véritable limite assignée à l'usage de toutes ces senteurs aussi agréables les unes que les autres en était leur prix. Le safran restait un luxe réservé aux riches et aristocrates. Aristophane met en scène dans Les Nuées, un paysan qui se marie à une citadine sophistiquée. " Le jour de mon mariage, dit-il, je sentais le vin nouveau, les claies au fromage, la laine, l'abondance. Elle, les parfums, le safran, les baisers lascifs, la dépense ".

Pline estimait que les romaines dépensaient "en baumes et en essences de toutes sortes toute la fortune de leurs maris et, en approchant d'elles, on coyait être transporté au milieu des parfums de l'Arabie heureuse." A Rome, on saupoudrait de safran la couche des jeunes mariés de la haute société. Dans les demeures patriciennes, on faisait laver les cours intérieures à grand renfort d'eaux de senteur et on s'efforçait de préserver le degré d'hygrométrie par de minuscules ruisselets d'eau de safran qui circulaient au milieu des pièces dans de discrets canaux.

Aphrodisiaque, le safran avait aussi la réputation de préserver de l'ivresse. " Les couronnes de safran adoucissent l'ivresse ", note Pline. Trimalcion, le parvenu, un personnage du Satiricon de Pétrone, avait fait répandre par des esclaves de la sciure teinte au safran sur les lits où devaient s'étendre les invités d'un festin. Comment ses hôtes, des gens de lettre faméliques, n'auraient pas été ébahis face à tant de prodigalité! Les Sybarites buvaient une infusion de safran avant et après les banquets pour pouvoir retarder l'ivresse et se livrer sans retenue aux plaisirs de Bacchus.

Il était habituel d'en répandre à profusion dans les théâtres et amphithéâtres, aux jours de fête, pour " chauffer la salle " et mettre les spectateurs dans l'ambiance. Quand on ne vaporisait pas carrément du vin doux auquel on avait mêlé de la poudre de safran. Il arrivait même que de l'eau de safran ou de l'eau de rose gicle de la nourriture elle-même à la figure des invités, ou bien que des oiseaux s'en échappent à tire d'aile.

Les Grecs et les Romains fréquentant les piscines, les gymnases et les thermes appréciaient les eaux et les huiles safranées. Modes vivement critiquées par Lucrèce comme par Properce et Horace. Dans Le Banquet, à un des convives qui lui demandait: " Quelle odeur devons-nous exhaler ? ", Socrate répond: " L'odeur de la vertu ". Socrate dit préférer le parfum de la terre à celui du safran, car elle coûte moins chère et sous la pluie, paraît délicieuse ! Et il affirme: " Parfumez un homme libre et un esclave, ils auront la même odeur." Mais que valaient ces critiques, quand à Rome l'exemple venait souvent de la personne même de l'empereur. Néron avait fait répandre du safran dans les rues de Rome pour provoquer la liesse populaire et s'assurer ses suffrages. Dans toutes les cérémonies officielles, on baignait dans une atmosphère saturée d'encens et de safran qui nous semblerait sans doute bien entêtante et écoeurante aujourd'hui.

Au Moyen Age la culture du safran s'est étendue dans tout le monde musulman. D'Iran, elle gagna Samarqand et Kabul qui exportaient vers la Chine, l'Arménie qui exportait de grosses quantités en Inde jusqu'au 17e siècle. A l'ouest, elle gagna l'Egypte, la Lybie, l'Afrique du Nord et de là l'Espagne. Le safran a été introduit en Espagne au 10e siècle par les Maures qui ont développé sa culture dans la Manche à tel point que les géographes arabes l'ont baptisée bilad-az-zà faràn, c'est-à-dire le " pays du safran ".

Il fit son entrée en France en Languedoc et en Provence, dans l'Angoumois et le Gâtinais, en Allemagne au 11e , en Suisse autour de Bâle, et en Angleterre au 14e à Histon près de Cambridge et à Saffron Walden dans l'Essex.

D'après Rivas, le safran et le persil ont été introduits par des pâtissiers allemands au Mexique en 1535.

En France, la culture du safran dans le Gâtinais et l'Angoumois a décliné et les principaux producteurs sont l'Espagne et le Cachemire qui fournissent le safran le plus réputé, mais aussi la Grèce, le Maroc ainsi que la Turquie et l'Iran.Au Moyen Age, les médecins de l'Ecole de Salerne recommandaient l'usage du safran en ces termes:

 " Le safran réconforte, il excite à la joie
Raffermit les viscères et repose le foie."

En Allemagne, on l'utilisait contre la jaunisse en raison de sa couleur jaune. Le safran était en faveur dans la cuisine à la fois pour son arôme puissant et unique et pour sa couleur. Il entrait aussi dans la composition de divers élixirs, philtres d'amour, produits de beauté, et de teinture pour les cuirs. Au Moyen âge l'idéal féminin était d'avoir une peau blanche et un teint transparent et les femmes se passaient juste un soupçon de rose ou de jaune sur les pommettes. Selon Piere de Padoue, elles se mettaient du safran sur les joues. Dans Le Roman de la rose, il leur était conseillé de se maquiller en douce:

" Si de sa florissante mine
Elle perd la belle couleur,
Dont moult aurait au coeur douleur.
Que toujours elle ait onguents moites
En sa chambre, dedans ses boîtes,
Pour se farder en tapinois"

Il a été tenu en grande estime comme le "roi des végétaux", "l'ami du poumon" par les médecins du 17e et 18e siècles qui l'utilisaient dans des préparations telles que les pilules de cynoglosse ou le laudanum de Syndenham.

Avec l'évolution des goûts culinaires, le déclin de l'emploi des épices dans la cuisine et par ailleurs, l'arrivée de nouvelles teintures plus solides et meilleur marché que le safran, teinture dite de " petit teint ", la culture du safran a doucement décliné chez nous, d'autant plus que le climat n'est pas idéal et que la cueillette se fait à la main stigmate par stigmate, en coupant ceux-ci entre le pouce et l'index et demande beaucoup de main d'oeuvre. Cependant depuis dix ans sous les encouragements du lycée horticole de Beaune-la-Rolande, la tradition revit.


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Avoir du safran sur soi est bénéfique.

Une infusion froide de safran a la réputation de renforcer les facultés intellectuelles, tandis qu'une infusion chaude favorise la voyance et augmente les pouvoirs des médiums et des sorciers, notamment celui de guérison. Dans les régions méditerranéennes, il est recommandé de se laver les mains avec de l'eau safranée avant d'opérer une guérison. Cette réputation ne date pas d'hier puisque jadis, les grands prêtres de Ninive se livraient à des oracles en observant la manière dont le safran se diluait dans l'eau.

Une mixture de blanc d'oeuf et de safran placée sur le front dissipe la migraine.

Jusqu'au 18e siècle où la faveur du safran avait beaucoup décliné, le safran avait la réputation de remonter le moral, et de provoquer des crises d'hilarité. Il fut un temps où l'expression " avoir mangé du safran " signifiait rire trop souvent et à propos de rien. Là encore cette réputation vient de loin, car déjà Dioscoride trouvait le safran à mourir de rire! Cela s'entend au sens propre puisqu'il déclarait qu'au poids de trois drachmes, il pouvait faire mourir celui qui en prenait, mais attention... mourir de rire !


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Stigmates:
Le safran est la plus chère des épices, de 20 000 à 30 000 francs mille francs le kilo, mais rassurez-vous, on en itulise rarement plus d'une pincée. Le safran le plus apprécié est celui de la Manche en Espagne. Achetez de préférence du safran en barbes, c'est-à-dire en filaments que vous ferez tremper dans un peu d'eau bouillante, ou un mélange d'eau bouillante et de beurre fondu ou du lait chaud. En effet, le safran ne supporte pas d'être mis directement dans de l'huile bouillante ou du beurre trop chaud, ses molécules éclatent. De plus, le safran doit être réparti uniformément.

Poudre:
Evitez le safran en poudre trop facile à frauder. A moins bien entendu, de bien connaître votre fournisseur. Il a l'avantage de se diluer instantanément dans une préparation.

Astuces:
  • Plutôt que de saupoudrer le safran en barbes ou en poudre, utilisez comme vecteur un des ingrédients de la recette, vin, crème, beurre fondu, yaourt, selon le cas.
  • Achetez-le par petites quantités. Il en faut très peu, une pincée, pour parfumer tout un plat de paella ou des cassolettes de poisson. De plus, il craint la lumière et s'évente très vite.
  • N'en mettez pas trop, la saveur chaude et inimitable du safran serait gâchée. Les molécules odorantes ont une telle force que la " dose prescrite " ne doit pas être dépassée. Trop de safran et votre plat risquerait d'avoir un goût pharmaceutique!
  • Pour réduire les filaments en poudre, placez les stigmates dans un papier, approchez-les d'une source de chaleur, puis effritez-les entre vos doigts.

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Cuisine ancienne:
Dans la cuisine médiévale, le safran relevait de son goût tenace si caractéristique, à la fois chaud et légèrement amer, les volailles et poissons, les soupes, les sauces et les vins et boissons. D'après le Ménagier de Paris on en mettait même sur les fruits, les fraises par exemple.

Au Moyen et au début de la Renaissance et en Italie surtout, il était très chic de dorer les rôtis proposés dans les banquets avec de l'oeuf et du safran, souvent remplacé, il est vrai par du carthame moins onéreux, mais hélas moins goûteux. Les boulangers provençaux offraient à leurs meilleurs clients du pain au safran, ou du pain à l'anis. L'usage du safran ne se limitait pas aux seuls peuples méditerranéens, loin de là! Anglais, Allemands, Polonais, Croates, Bohémiens en étaient grands amateurs.

Le safran connut un véritable déclin dans la cuisine française quand la production nationale fut suffisamment importante, et qu'il apparut comme un luxe beaucoup plus abordable aux petites gens à partir du 16e. Du coup, il cessa peu à peu d'être un signe de distinction et de standing social, si bien qu'à la fin de l'Ancien Régime, il était devenu du dernier vulgaire aux yeux des aristocrates, quand il n'était pas carrément l'objet de manifestations de dégoût. Les puissants délaissèrent le safran et se mirent à dorer leurs plats à la feuille d'or. Bruyerin Champier au 16e siècle se désole de ce que"aujourd'hui, on a vu que le luxe des villes a pénétré dans les campagnes: car ils convoquent l'Inde elle-même dans les aliments, ne jugeant aucuns mets élégants qui ne soient assaisonnés de poivre, de gingembre, de cannelle et de safran et d'autres épices de ce genre. Son contemporain, Noël Du Fail est tout aussi snob et critique et condescendant: " ... ces choses que ne connaissaient pas ces bonnes gens: poivre, safran, gingembre, cannelle, myrabolans à la corinthiace, muscade, girofle et autres semblables rêveries transférées des villes en nos villages, qui tant s'en faut ne nourrissent pas l'homme, qui le corrompent et le mettent au néant, sans lesquelles toutefois un banquet de ce siècle est sans goût et mal ordonné, au jugement de l'ignare et sot peuple."

Dès lors, les voyageurs français en visite à l'étranger se mirent à se plaindre avec une unanimité confondante de la profusion des épices et notamment du safran. En 1659, de Gramont raconte qu '" Il fut dîné chez l'Amirande de Castille qui lui fit un festin superbe et magnifique à la mode espagnole c'est-à-dire pernicieux et duquel personne ne put manger: j'y vis sept cents plats, tout ce qui était dedans était doré et safrané."Jean Le Laboureur râle à propose de pâtés allemands " tout noirs au dedans d'épices et de safran ". A Brême, ce n'est pas mieux: "Il n'y eut que les Polonais qui s'en donnèrent à coeur joie, louant tout hautement le bon nombre d'épices et de safran et de sel que les cuisiniers avaient si librement prodigué."

En 1691, la comtesse d'Aulnoy se lamente dès son arrivée à Saint-Sébastien au grand souper qu'on lui a préparé des plats espagnols" si pleins d'ail, et de safran et d'épices que je ne pus manger rien ". A Tolède, à la table de reine-mère, elle se plaint:"J'étais à cette table comme Tantale ne pouvanr rien manger." Les viandes sont trop fortes "toutes peines de safran, d'ail, d'oignon, de poivre et d'épices."

Georges Sand, pourtant audacieuse dans bien d'autres domaines, n'est pas la dernière à faire preuve du même conformisme alimentaire. La malheureuse "risque sa vie à chaque morceau" de la cuisine espagnole où les plats sont "des drogues infernales cuites par le diable en personne" à force d'ail, de poivre, de safran et "d'épices corrosives de tout genre."

Pour le père Labat, l'attachement des étrangers au safran ne pouvant s'expliquer par le plaisir gustatif, il en déduit que cela doit être pour des raisons médicinales. Il dit à propos du safran: "Les Espagnols, les Italiens, les Portugais, les Allemands et toutes les nations septentrionales comme sont les Suédois, Danois, Moscovites et même les Hollandois, Anglois et Flamans en font une grande consommation. Ils en mettent dans toutes leurs sauces, dans leurs ragoûts, dans leur pâtisserie. Ils prétendent qu'il est cordial, pectoral, anodin, alexitère, apéritif, somnifère, qu'il fortifie la mémoire, qu'il guérit le rhume et les âcretés de la pituite." Et il conclut: "On en dit tant de belles choses que j'ennuirais le lecteur si je voulais les rapporter toutes."

Europe:
Ce sont les plats de la cuisine provençale, comme la bouillabaisse, et l'engouement pour la paella qui l'ont remis à l'honneur.

Le safran colore la chartreuse et d'autres liqueurs. Dans la cuisine, il colore délicatement en jaune et parfume les plats de riz, de poisson et coquillages, les sauces de la cuisine méditerranéenne, et du Proche-Orient. Il donne un goût inimitable aux soupes de poisson, aux bouillabaisses, aux bourrides, aux zarzuelas, aux risottos, aux paellas. Comment imaginer les brioches traditionnelles de Pâques en Russie et en Cornouailles. En Europe, seuls les Espagnols continuent à l'employer régulièrement en pâtisserie, mais avec plus de modération dans le dosage que dans la cuisine d'autrefois ou les cuisines orientales d'aujourd'hui.

Moyen-Orient:
Le safran convient aussi au tajine marocain, au shish-kebab oriental, aux oeufs frits du Moyen Orient.

Antilles:
Le moltani, plat d'origine indienne, est un excellent bouillon très relevé de pattes de cabri, de lentilles, d'oignon et d'ail rissolés, le tout parfumé au safran. Le "matete, plat hérité d'Espagne, très répandu dans les Antilles françaises et notamment à la Guadeloupe est une variante exotique de la paella parfumée elle aussi au safran, de même que le jambalaya, un plat de riz très relevé, avec du poulet désossé, des dés de jambon, des saucisses des crustacés... beaucoup de safran et de poivre.

Asie:
Les Indiens ne l'utilisent pas seulement avec les riz, pulao ou biryani, et les marinades pour poisson ou poulet au four, mais dans les plats en sauce, currys de poisson, de volaille, de viande. Ils l'utilisent aussi dans les desserts et glaces, souvent à des doses qui peuvent le rendre désagréable aux palais occidentaux.


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Il figure à la Pharmacopée française depuis 1965, seul et dans diverses préparations. Il est antispasmodique. Il a la réputation de régulariser les menstruations et d'en soulager les douleurs en diminuant les spasmes, de faciliter l'accouchement, en stimulant les contractions utérines.

Son usage comme abortif par les florentines déclencha jadis les foudres de Savonarole.

Il est également stimulant, et provoque la salivation et la sécrétion de sucs digestifs.

On a découvert qu'il est riche en vitamine B2 et riboflavine.

Il serait également, mais cela reste à prouver, tonique, diurétique, sédatif, mais propre à accentuer les tendances hémorragiques.

Une vieille recette de grand-mère consiste à frotter doucement avec l'index poudré de safran ou enduit d'une mixture de safran et de miel les gencives douloureuses et gonflées des jeunes enfants.

Médecine ayurvédique:
Le safran est classé parmi les plantes aromatiques de saveur piquante, de nature rafraîchissante, d'action post digestive douce. Il est utilisé dans le traitement des hémorroïdes, pour diminuer les vomissements. On l'emploie pour combattre l'hydropisie. Il augmente le vent et le phlegme, vata et kapha, mais soulage la bile, pitta.


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Pour les Indiens, le safran est la couleur de la sagesse, de la lumière de la connaisaissance et du renoncement. C'est pourquoi les robes des moines bouddhistes et les vêtements des saddhu et des sannyasi, les renonçants hindous, sont, théoriquement teints au safran, sinon de couleur safran.

Au Tamil Nadu les jeunes couples qui viennent juste de se marier portent des vêtements teints en jaune qui souligne leur part de renoncement à l'enfance et la découverte d'une nouvelle phase de vie pour chacun d'eux.

Dans les pays islamiques, par contre, les vêtements de couleur safran auraient été déconseillés par le Prophète de même que les vêtements teintés en jaune. Il visait tout particulièrement les vêtements de soie couleur safran, car cette matière n'est autre qu'"une défécation" du ver à soie, et ne peut donc couvrir dignement un croyant.

Pour les Indiens, le safran est la couleur de la sagesse, de la lumière de la connaisaissance et du renoncement. C'est pourquoi les robes des moines bouddhistes et les vêtements des saddhu et des sannyasi, les renonçants hindous, sont, théoriquement teints au safran, sinon de couleur safran.

Au Tamil Nadu les jeunes couples qui viennent juste de se marier portent des vêtements teints en jaune qui souligne leur part de renoncement à l'enfance et la découverte d'une nouvelle phase de vie pour chacun d'eux.

Dans les pays islamiques, par contre, les vêtements de couleur safran auraient été déconseillés par le Prophète de même que les vêtements teintés en jaune. Il visait tout particulièrement les vêtements de soie couleur safran, car cette matière n'est autre qu'"une défécation" du ver à soie, et ne peut donc couvrir dignement un croyant.

Depuis des millénaires, le safran entre dans la composition de nombreux aphrodisiaques, élixirs et charmes et philtres d'amour. Il avait la réputation d'être sensuel et aphrodisiaque dès l'Antiquité et Homère dans l'Iliade en faisait le lit des amours charnels de Zeus et Rhéa. Il était également cher au coeur de Sappho la poétesse grecque de Lesbos: " Faut-il te rappeler les heures douces que nous avons vécues ensemble? ...les couronnes de violettes, de roses et de crocus entrelacées, tout ce que tu mettais près de moi...? et ce fier parfum? ce parfum royal que tu répandais sur les jolies ( boucles de tes cheveux )... "

Dioscoride et Pline le disaient propre à "exciter à l'amour".

Alexandre de Tralles, médecin de Byzance mit au point les fameuses pilules de cynoglosse, à base de safran, de cynoglosse dont le nom signifie "langue de chien"( de kuôn chien et glôtta, langue, parce que les feuilles sont douces, longues et molles) finement hachée, mélangée à de l'opium, et de la myrrhe, traitement miracle pour les quintes de toux, et surtout pour les messieurs d'un certain âge que des excès de toute nature avaient conduit à des difficultés d'émission. Ce traitement pour la rétention était radical au-delà de toutes espérances. De toute façon les malheureux vieillards qui y avaient recours se retrouvaient tellement sur le flanc et dans les vapes que l'on peut se demander dans quelle mesure ces messieurs avaient encore la force et l'envie de se livrer à la luxure. Ce remède a eu une longue postérité. Le safran entrait également dans le cynoglosse d'Ambroise Paré avait à base de cynoglosse sédative, d'opium, de jusquiame noire, d'encens et de myrrhe.

Roger Bacon, surnommé le " Docteur admirable " avait décrété que le safran retarde les effets du vieillissement, si bien que quand on en planta au 14e siècle dans le comtat Venaissin, la cour pontificale, soucieuse sans doute de ne pas vieillir en quelque domaine que ce fût, en fit grand usage.

De nos jours, les phytothérapeutes continuent à le recommander en cas d'impuissance et de frigidité chez les femmes anémiées et lympathiques.


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